Cinq idées reçues sur la masturbation

La masturbation, tout le monde (ou presque) sait que ça ne rend pas sourd... Mais donne-t-elle de l'acné ou rend-elle stérile ? Favorise-t-elle l'éjaculation prématurée ? Est-elle anormale lorsqu'on est en couple ? Ces préjugés entachent encore ce plaisir solitaire, alors il est grand temps d'y mettre un terme ! Le point sur la masturbation à travers cinq idées reçues.

Par Dr Charlotte Tourmente

Rédigé le July 29, 2015 , mis à jour le August 10, 2018

  • La masturbation est mauvaise pour la santé
    (Elle rend sourd/stérile/donne de l'acné/déforme le pénis)

Faux.

C'était l'argument imparable de nos grands-parents pour éviter que leur progéniture se masturbe. Mais la masturbation n'est pas nocive. Elle n'altère pas nos sens, ni l'audition ni la vision ; elle ne rend pas non plus stérile en épuisant le stock de spermatozoïdes puisque les spermatozoïdes sont produits en continu ; elle ne provoque pas d'acné,  elle ne déforme pas le pénis et elle ne rend pas nympho !

Elle ne devient pathologique que quand elle est réalisée de façon compulsive, s'accompagnant d'une perte de contrôle : elle devient un besoin irrépressible et non plus un plaisir. Elle peut alors créer un isolement social, perturber la vie de couple et provoquer une grande souffrance. La masturbation fait intervenir le circuit de la récompense dans le cerveau, une zone qui est mise en jeu dans toutes les addictions. Quand elle est compulsive, elle peut être une réponse à l'angoisse ou au stress. L'addiction à la masturbation se soigne alors par une thérapie comportementale auprès d'un psychiatre.

  • La masturbation favorise l'éjaculation prématurée

Faux, mais...

La masturbation n'est pas la cause d'une éjaculation prématurée. Outre le plaisir qu'elle offre, la masturbation a un grand bénéfice : quand elle est bien faite, en prenant son temps et en jouant avec son excitation, elle permet d'apprendre à connaître son corps, de reconnaître les sensations qui précèdent l'éjaculation et de repousser celle-ci en diminuant son excitation. C'est intéressant lorsque l'homme souhaite éjaculer plus tardivement pour faire l'amour plus longtemps ou à cause d'une éjaculation prématurée. Au moment où il repère les sensations précédant l'éjaculation, il peut se concentrer sur son souffle, se masturber plus lentement, choisir un fantasme nettement moins excitant : l'excitation baisse et l'éjaculation survient plus tard.

Il y a un bémol : si l'homme se masturbe toujours très vite (par exemple pour ne pas être surpris ou parce qu'il recherche la décharge orgasmique), il se conditionne à un réflexe d'éjaculation rapide qu'il risque de reproduire lors des rapports sexuels. L'éjaculation devient prématurée et elle peut s'améliorer grâce à une prise en charge adaptée. Conclusion : la masturbation est un plaisir qui mérite de prendre tout son temps !

  • Se masturber quand on est en couple n'est pas normal

Faux !

L'injonction "si la sexualité du couple est épanouie, il n'y a aucun besoin de se masturber" a la vie dure ! La masturbation, diabolisée, serait réservée aux célibataires en manque de sensations orgasmiques et elle illustrerait forcément une sexualité défaillante ou qui ne comble pas suffisamment les besoins de la personne qui se fait plaisir toute seule.

Eh bien non… La masturbation pratiquée en solo est complémentaire des rapports, elle fait partie de la sexualité et elle signifie simplement que la personne répond à ses désirs quand ils surviennent. Il y a un effet d'entraînement : épanoui(e) dans sa vie de couple, la personne a simplement des désirs qui se manifestent ou parfois elle soulage un stress en se faisant plaisir. 

Autre intérêt de la masturbation : quand on est en couple depuis des années, la sexualité a des hauts et des bas de façon naturelle ; l'un des partenaires peut avoir une libido en berne et la masturbation offrira quelques plaisirs dans les périodes creuses, servira de régulateur et fera patienter un peu…  Toutefois, on peut mal vivre la masturbation de son ou sa partenaire, se sentir trahi, dégoûté, incompétent à offrir suffisamment de plaisir. Or se masturberbç n'est pas tromper : il faut accepter  le fait que chacun est autonome dans son plaisir et que la masturbation donne un plaisir à part, qui n'est pas concurrent du plaisir à deux.

Bien sûr, si la sexualité à deux n'est pas satisfaisante depuis longtemps, la masturbation reflète un manque et il peut être bon de s'interroger ensemble, voire de consulter un sexologue pour en parler.

  • Quand elles se masturbent, les femmes ne regardent jamais des films pornos ou des photos d'hommes sexy

Plutôt faux.

En 2012, le sexologue Philippe Brénot avait étudié 3.404 femmes hétérosexuelles, vivant en couple : 68% avaient l'habitude de se masturber et elles utilisaient davantage leurs fantasmes ou tout simplement leurs expériences passées, que les films pornographiques. Elles imaginent une situation idyllique (sur une plage abandonnée, par exemple), leur partenaire actuel ou un différent, voire plusieurs, un rapport imposé (le fantasme d'être attachée, soumise aux désirs d'un homme), un cunnilingus, une scène de saphisme avec une autre femme,…

Toutefois, le X n'est plus l'apanage des hommes : une autre enquête évalue que plus de 8 femmes sur 10 ont déjà vu un film porno mais 18% seulement les regardent régulièrement ou de temps en temps. Elles le font en couple, parfois à la demande du partenaire, ou seule en support à la masturbation ou pour se détendre. Le film laisse libre cours aux fantasmes de certaines femmes, de domination quand elles se mettent à la place de l'acteur, de soumission à travers l'actrice,  de voyeurisme ou d'exhibitionnisme : comme les hommes, ces images augmentent l'excitation et la violence de certains scenarios est le reflet de la violence de leurs désirs…

L'émancipation féminine, l'évolution des pratiques sexuelles et l'accès facile sur Internet à la pornographie contribuent à cette évolution progressive des mœurs. Cependant, de nombreuses femmes trouvent la pornographie dégradante et dénoncent l'image soumise de la femme, assimilée à un objet sexuel.

  • Toutes les femmes célibataires se masturbent avec un sextoy

Faux.

Non, quoi qu'en disent les magazines féminins, le sextoy ne fait forcément partie de la panoplie de la célibataire accomplie ! Les femmes (qu'elles soient seules ou en couple) utilisent leurs doigts pour stimuler le clitoris ou le vagin, se frottent contre un coussin ou le drap, dirigent adroitement le jet du pommeau de douche ou bien sûr utilisent les petits canards et autres jouets pour varier les plaisirs, parce qu'elles ont envie de sensations différentes et de découverte, qu'elles ne souhaitent pas toucher directement leur sexe ou parce qu'elles lisent tellement d'articles féminins qu'elles ont l'impression que c'est obligatoire (mauvaise raison !).

Mais beaucoup de célibataires trentenaires et quadragénaires se souviennent un sourire aux lèvres d'un épisode mythique de Sex and the city, qui faisait l'éloge du Rabbit, la Rolls-Royce du sextoy qui a lancé la mode des jouets sexuels. Et comme leur nom l'indique joliment, ils sont là pour mettre un peu de jeu dans la sexualité, un peu de diversité dans les stimulations.

Sur un plan purement psychanalytique, derrière cette idée reçue, se cache l'idée qu'un phallus, même en plastique, est nécessaire pour une sexualité épanouie. Les femmes manqueraient inévitablement d'un pénis pour exister pleinement et seraient incapables d'attendre le prochain rapport sexuel. Or la sexualité se nourrit de ces attentes, du souvenir des étreintes passées et de l'anticipation des prochaines... Mais sur le plan sexuel, libre aux femmes célibataires (ou pas) de succomber aux plaisirs des sextoys si elles ont en envie et de se masturber de toutes les manières qui leur plaisent !

Et d'ailleurs, les hommes aussi se mettent aux sextoys ! Après les poupées gonflables, ils ont droit à des masturbateurs ou des plugs anaux.

La masturbation, obligatoire ? Non !

A force de lire partout qu'il faut se masturber pour être libérées sexuellement, certaines doutent d'elles-mêmes et se remettent en question… 

Il n'y a pas une norme en sexualité : une personne est libre de ne pas se masturber, à condition que cela soit un vrai choix, et non lié à un interdit, une éducation culpabilisant le plaisir ou encore au fait que l'on culpabilise trop... 

Sponsorisé par Ligatus