Couple : attiser le désir

Ils sont nombreux à s'échouer sur l'écueil du désir... ou plutôt du manque de désir. Les couples actuels, biberonnés à la performance et à l'orgasme à tout prix, s'accommodent mal de la routine sexuelle. Quelles sont les raisons d'une libido en berne ? Comment la réveiller et entretenir la flamme ?

Par Dr Charlotte Tourmente

Rédigé le August 22, 2013 , mis à jour le February 14, 2017

Sommaire

Libido en panne : fatigue et stress en tête

Un Français sur deux aurait rencontré un problème dans son couple  à cause du manque de désir, selon un sondage IFOP sur les Français et la sexualité dans le couple, réalisé en 2010. 

Près d’un Français sur 4, dont 33% de femmes et 15% des hommes aurait déjà invoqué un prétexte pour ne pas faire l’amour !

La fatigue a remplacé la migraine : elle est avancée dans 45% des cas. Deuxième raison (35%) : la proximité des enfants, puis suivent les préoccupations liées à l’argent ou au travail, utilisés par 33% des sondés. Et enfin arrive la migraine qui ne remporte que 28% des suffrages. Un problème de santé ou l’âge sont ensuite évoqués.

Pas forcément dans la tête

 Si elle est souvent "dans la tête", la baisse de désir peut s’expliquer par des raisons médicales : dépression, prise de médicaments (anxiolytiques, neuroleptiques, antidépresseurs,…), trouble hormonal (adénome à prolactine), prise de poids responsable d'un corps que l’on ne trouve pas désirable, allaitement (la prolactine, l’hormone responsable de l’allaitement inhibe le désir), douleurs pendant les rapports, ménopause… Le traitement de la cause restaure alors la libido. Dans les autres cas, un travail sur soi et sur sa libido s’impose.

Ce qui tue l’amour

Un sondage IFOP réalisé en 1992 rapportait que pour les hommes, les principaux "tue l'amour" au quotidien étaient le manque d’hygiène, la jalousie, la boisson puis le silence dans le couple,… Pour les femmes, il s’agissait de la jalousie, de la boisson, du silence dans le couple, du manque d’hygiène. Qu’en serait-il aujourd’hui ? L’importance de l’apparence étant en accentuation dans notre société, on peut penser que les kilos en trop, la négligence, le manque de coquetterie grimperaient en haut des réponses.

La télévision dans la chambre, les smartphones et les tablettes tactiles ont un impact non négligeable sur la fréquence des rapports sexuels. A mettre sur off le soir pour préserver sa libido !

Tic tac… Quelle est la durée du rapport sexuel ?

Pour 27% des couples,  30 minutes sont consacrées à la bagatelle. 20%, y passent plus d’une demi-heure, 14%, de vingt à vingt-cinq minutes, 14%, un quart d’heure. Pour un Français sur dix, c’est express en moins de dix minutes.

La sexualité, le liant du couple

Pour 86% des Français, la sexualité est indispensable à la réussite du couple. A l’époque du mariage d’amour, cela semble logique ! Un couple heureux contribue fortement à l’épanouissement personnel. Mais entre le travail, les enfants, le stress, la fatigue,… il est parfois difficile de se dégager du temps ensemble et de trouver l’énergie de faire l’amour. Et lorsque le couple bat de l’aile, il est tentant d’aller voir ailleurs si l’herbe y est plus verte, plutôt que de tout tenter pour rallumer les braises du désir.

Car nombreux sont ceux qui pensent que la sexualité est innée et que si elle ne fonctionne pas ou plus, c’est le signe qu’il faut se séparer. Or l’amour et le désir sont un travail de longue haleine : il y a des hauts et des bas, il faut puiser de l’énergie positive dans les hauts pour sortir des bas ! Après la passion des premiers temps, se met en place un amour plus tranquille, un désir plus routinier, des pratiques souvent identiques : on sait ce qui donne du plaisir à l’autre, on se cantonne aux positions qui ‘fonctionnent’ et on s’en contente. Jusqu’au jour où cela ne suffit plus… Et d’après le sondage IFOP, plus de ¾ des Français estiment que ces ‘pannes sexuelles’ ont un retentissement sur le couple : si 40% pensent qu’elles n’ont qu’un impact sexuel, 36% jugent qu’elles influencent l’harmonie de leur couple.

La routine, ce grand classique

On la craint, on la subit, on la fuit... La routine est le grand ennemi du désir.

A quoi est-elle due ? Au temps qui passe, à la connaissance de l’autre (la nouveauté est un grand booster du désir), aux préoccupations matérielles et logistiques qui chassent la sexualité au dernier rang… La volonté de séduire l’autre s’émousse au fil du temps,  alors même que l’amour reste présent. Gardons à l’esprit que rien n’est acquis et que le défi du couple est d’entretenir la séduction et de la faire évoluer au fil du temps.

Le secret des couples qui durent est peut-être d’accepter une certaine dose de routine et d’injecter une dose d’imprévu dans leur sexualité et plus largement dans leur vie. Ils ont une communication adaptée (tout n’est pas bon à dire, il faut savoir éviter les vérités qui blessent et ne sont pas nécessaires à la viabilité du couple). Par exemple, on ne supporte pas sa famille, il le sait parfaitement ! Lui rappeler à chaque fois qu’on la voit a peu d’intérêt… Les couples heureuxs ne passent pas tout leur temps ensemble : l’indépendance, lorsqu’elle n’est pas forcenée, a du bon en offrant des activités bien à soi, quelque chose de différent à raconter. Ils savent dépasser les conflits et vivent harmonieusement en dehors de ces conflits. Ils se connaissent bien, se témoignent respect et tendresse.

 

Rallumer la flamme du désir

35% seulement envisagent comme solution à cette baisse de désir d’en parler à leur partenaire, pourtant le premier concerné et  26% à leur médecin.

Ce n’est pas facile de dire à celui que l’on a désiré que non, en ce moment, ce n’est plus le cas. Or le désir va et vient, la sexualité n’est pas un long fleuve tranquille ! En parler peut dédramatiser la chose, à condition de ne pas agresser son partenaire et de ne pas en faire une obsession.

Conseils aphrodisiaques…

Quoiqu'il en soit, quelques conseils aident à pimenter sa vie de couple et à entretenir le désir. Le quotidien n’est pas forcément un tue l’amour : certains y puisent leur désir et savent érotiser la relation.

Séduire à nouveau l'autre

Ne pas se laisser aller physiquement, maintenir un poids de forme, ne pas négliger sa garde-robe sont le b.a.ba de la séduction. Non aux culottes de grand-mère, aux caleçons troués, aux cheveux gras et  aux vêtements informes !

Intriguer l’autre en gardant un jardin secret et le surprendre via de nouvelles passions stimuleront son intérêt.

Se créer des moments d’intimité en dehors de la sexualité

Partager des instants de complicité autour d’intérêts communs et avoir des petites attentions sont de bons moyens pour se rapprocher de son partenaire. Se tenir par la main, ou côte à côte sur le canapé stimule la production d’ocytocine, l’hormone de l’attachement. Et à côté de rituels de couple (comme fêter la date de la 1ère rencontre, l’anniversaire de mariage), un peu de fantaisie insufflera une dose d’exceptionnel : une nuit à l’hôtel, une soirée surprise, un nouveau restaurant,… A improviser pour sortir de l’ordinaire, qui plombe le désir !

Oser la nouveauté

C’est le moyen par excellence d’injecter du renouveau, à condition de respecter la pudeur et les envies de l’autres.  Bousculer sa sexualité est une des clés du désir : de nouvelles positions pour sortir de l’ordinaire,  un massage coquin, un film ou une lecture érotique après un dîner aux chandelles sont un bon début. Ou pourquoi pas un sextoy pour jouer avec sa sexualité ?

Garder son sens de l’humour, même à l’horizontal, offre une porte de sortie complice en cas d’effeuillage raté ou  de lumbago suite à une position acrobatique !

Quant à la pornographie, très à la mode, elle peut être risquée car en étant trop brute et dénuée de sentiments et émotions, elle risque de choquer.

Certains couples se laissent séduire par le tantrisme, une pratique hindouiste qui allie corps et esprit pour vivre chaque instant en ‘pleine conscience’, en vivant profondément chaque sensation. Les Occidentaux l’ont détournée et axée sur la sexualité : postures et techniques de respirations ont pour objectif de prolonger le plaisir et de le laisser atteindre tout le corps, et non les seuls organes génitaux.

En pratique…

Sortir de la maison ou de l’appartement pour sortir de ses habitudes est une excellente idée. L’hôtel est une bonne idée pour ceux qui peuvent se le permettre. En faisant chambre à part, on redécouvre la joie de s’inviter dans le lit de son amant (mais aussi celle de dormir seul !). Les couples fusionnels auront cependant du mal à se passer de la présence de l’autre.

Pas de panique si ni l’hôtel ni une seconde chambre ne sont possibles, changer de pièce est déjà une alternative !Avec un objectif, chahuter ses habitudes.

Infidélité, libertinage, une option risquée

Certains optent pour une solution radicale : changer de partenaire. Bonne ou mauvaise idée ? Ce qui est sûr, c’est qu’elle est n'est pas sans risque. Si l’infidélité est pour certains le moyen d’assouvir leurs désirs cachées, elle est pour d’autres une véritable trahison et peut aboutir à une rupture irrémédiable.

D’autres choisissent le libertinage pour donner un peu d’air à leur couple et mieux se retrouver après. A discuter avec son partenaire !

Quand consulter ?

Lorsqu’il y a une souffrance : certains couples seront satisfaits d’un rapport par mois, d’autres s’alarmeront à un chiffre beaucoup plus élevé. A chacun sa norme, à chacun son niveau d’inquiétude. Certains parviendront seuls à relancer le désir, d’autres auront besoin d’un regard extérieur, bienveillant pour réussir à exprimer leur manque à leur partenaire et trouver des solutions.

Les différences de désir, dures à gérer

Tous les couples sont confrontés un jour ou l’autre à une différence de désir sexuel (ou de besoin sexuel). L’un a plus envie que l’autre, souvent l’homme mais pas toujours, et cela est source de frustration et de conflit. Physiologiquement, le désir de l’homme est plus linéaire car la production de testostérone se fait de façon régulière, tandis que la femme serait plus soumise aux variations hormonales de son cycle et la production de testostérone est 10 fois moindre.

Et si la nouveauté et la passion gomment souvent ces différences de désir, il est fréquent que par la suite, celles-ci s’accentuent. Tel homme préfèrera faire l’amour le matin, en confiance grâce à son érection matinale, telle femme une fois par semaine plutôt le soir, une fois les soucis de la journée réglés ou à certains moments de son cycle, comme l’ovulation par exemple… Résultat : la femme se sentira harcelée, réduite au rôle d’objet sexuel et son désir s’étiolera tandis que l’homme manquera de rapports et ne sera pas valorisé.

Comment dire à son partenaire que l’on n’a pas envie ?

Simplement, gentiment et sans agressivité, en expliquant que ce n’est pas dû au partenaire, que c’est à cause du stress, de la fatigue, etc.  Le dialogue est essentiel dans un couple, notamment dans le domaine de la sexualité. Il permet à chacun de mieux comprendre l’autre, de ne pas se sentir rejeté par exemple.

Autres recommandations : ne pas le mettre en cause et ne pas lui faire des reproches. La douceur et l’honnêteté de la réponse éviteront au partenaire de se poser des questions sur les sentiments, d’autant plus qu’un geste tendre accompagne la réponse (sans qu’il soit trop « sexuel » ce qui stimulerait son désir !).

Alors comment synchroniser son désir sexuel ?

Une expérience ludique est intéressante à mener pendant quelques semaines : la 1ère semaine, c’est la femme qui fixe le moment et la fréquence rapports sexuels. La 2ème semaine, c’est l’homme qui décide, etc. Le but est de comprendre ce que ressent l’autre et de faire le point sur son propre désir.

La femme peut réfléchir à la place qu’elle accorde à la sexualité : est-elle suffisante ? Ne l’idéalise-t-elle ou n’est-elle pas trop exigeante en souhaitant soit donner soit vivre un orgasme à chaque fois ? Lors de sa semaine, plusieurs jours passeront vraisemblablement avant qu’elle n’ait envie de faire l’amour mais au moment où elle le décidera, il y a de grandes chances que le rapport soit de meilleure qualité pour les 2, l’homme se sentant alors profondément désiré. Il comprendra que se faire désirer est le meilleur moyen de booster le désir de sa femme !

Et s’il se met un point d’honneur à donner un orgasme à la femme, il doit lâcher du lest car celui-ci peut nécessiter un grand investissement émotionnel et physique à sa partenaire. Les 2  partenaires doivent prendre conscience que l’orgasme n’est pas une finalité et que le simple plaisir de faire l’amour sans jouissance fait passer un moment très agréable.

La clé est donc de faire un pas vers l’autre et si l’un a très envie de faire l’amour, la pénétration n’est pas une finalité, les caresses ou la sexualité orale se révèlent un moyen moins coûteux en énergie et en émotions qu’un rapport avec pénétration. Aller vers l’autre et varier les plaisirs sont donc des voies intéressantes pour synchroniser ses désirs.

Autres conseils : il ne faut pas hésiter à fixer des moments consacrés à l’amour dans son agenda si on se fait rattraper à chaque fois par le temps et les contraintes de la vie. Etudier son désir et ce qui le stimule (livres ou films érotiques, lumière tamisée à la bougie, bains coquins, rendez-vous galants dans un hôtel,…)  offre la possibilité de l’apprivoiser ensemble et de l’amplifier.

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