Vrai ou faux : les hommes dorment-ils vraiment après l'amour ?

Les hommes, ces goujats, s'endormiraient après l'amour... Plusieurs hypothèses plus ou moins fiables s'affrontent pour étayer cette affirmation. Alors, vrai ou faux ?

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Par Dr Charlotte Tourmente

Rédigé le January 25, 2019 , mis à jour le January 25, 2019

"Les hommes s'endorment toujours après l'amour"... Cette idée perdure et elle est en droite ligne de la série "les femmes ne savent pas lire une carte routière" et "les hommes n'écoutent jamais rien". Mais a-t-elle un fondement scientifique ?

Plusieurs hypothèses s'affrontent et relèvent de la nutrition, de la psychologie, de l'endrocrinologie et des neurosciences. La première est aussi la moins fiable puisque deux auteurs américains, l'un journaliste et l'autre médecin, avaient consacré un chapitre de leur livre à ce sujet crucial (Why do men fall asleep after sex and more questions. Editions Penguin random house). D'après eux, c'est la consommation d'énergie qui est supérieure chez les hommes que chez les femmes, énergie trouvée en puisant dans les réserves de glycogène des muscles. Comme les hommes disposent de plus de masse musculaire que les femmes, il semblait logique que la gent masculine se sente plus fatiguée que ces dames. Or l'activité sexuelle n'est pas suffisamment consommatrice d'énergie : une étude de 2013 publiée dans PLOS, avait évalué la dépense énergétique à 4,1 kilocalories par minute pour un homme et 3,1 pour une femme (soir 101 et 61 kcalories pour un ébat de 25 minutes). Pour offrir un élément de comparaison, une demi-heure de vélo élliptique ferait dépenser 350 kcal. Alors quand en plus, on sait qu'une autre étude du Journal of Sexual Medicine avait évalué le temps de pénétration moyen à 5,4 minutes, l'hypothèse tombe définitivement à l'eau...  

Changement de vision avec certains psychologues (diplômés mais aussi de comptoirs...), qui évoquent la différence de comportement entre les deux sexes dans de nombreux domaines. Les psychologues australiens Barbara et Allan Pease, ont consacré un livre à ces différences, Pourquoi les femmes n'écoutent jamais rien et les femmes ne savent pas lire une carte routière ? aux éditions Pocket. D'après eux, les hommes n'aiment pas parler de leurs émotions et sentiments et sont conditionnés pour agir en fonction de la performance, tandis que les femmes sont plus à l'aise dans leur expression et leur analyse. Dans cette optique, les discussions sur l'oreiller seraient une façon de prolonger l'intimité physique d'une complicité émotionnelle pour les femmes tandis que certains hommes se réfugieraient dans les bras de Morphée, peut-être inconsciemment, pour échapper à une discussion privée. Aux nombreuses critiques essuyées à propos de la fiabilité de leurs études, le couple de psychologues répond que le vécu quotidien est la meilleure preuve de ce qu'ils avancent. Mais cette vision, en plus d'être "cliché", est sévère pour tous ceux ravis de bavarder en serrant dans leurs bras leur partenaire...

La faute du cerveau ou des hormones ?

Les neurosciences ont également offert un début de réponse à cette question qui agite l'humanité. En 2012, le chercheur français, Sterge Stoléru, a scruté les cerveaux féminins et masculins durant et après l'orgasme. Il a alors découvert du côté masculin, que le cortex cérébral, siège de la pensée consciente, est moins actif après l'éjaculation et surtout, après l'orgasme, certaines zones, dont les amygdales (zones du système limbique, siège des émotions), sont désactivées et seraient impliquées dans la période réfractaire, ce moment où toute érection est impossible dans un délai variable selon l'âge et selon l'homme et qui n'existe pas chez la femme.

Alors cette période où l'expression du désir masculin est éteinte suffirait-elle à expliquer le besoin de dormir post-coïtale ? Le Dr Stoléru lui-même estime ne pas avoir travaillé sur cette question spécifique du sommeil et ne pas être le mieux placé pour y répondre. Mais si la période réfractaire est encore mal comprise, l'élévation de certains messagers chimique comme la sérotonine et la prolactine y jouerait un rôle et sont propices à la somnolence. La sérotonine induit une sensation de bien-être, qui couplée aux endorphines sécrétées pendant l'orgasme, favoriserait l'endormissement... Quant à la prolactine, elle est associée à la sensation de satisfaction sexuelle et les niveaux de prolactine sont plus hauts durant le sommeil. Ce qui fait dire à certains chercheurs que la prolactine pourrait participer à l'envie de dormir masculine après l'orgasme, d'autant plus que les taux libérés sont plus élevés après un rapport sexuel qu'après la masturbation. D'autres hormones également libérées au moment de l'orgasme sont également propices à l'endormissement, comme l'ocytocine et la vasopressine, qui sont également associées au sommeil. L'apaisante ocytocine réduit le stress et conduit à la détente et à la somnolence.

"Effectivement, après l'orgasme, les endorphines et la sérotonine favorisent la relaxation et l'endormissement, tout comme les hormones comme la prolactine et l'ocytocine, dont la sécrétion est augmentée, confirme le Dr Pallanca, psychiatre spécialiste du sommeil. Le taux de cortisol est également diminué, et par ce biais le stress aussi. Tout cela favorise le sommeil mais c'est une véritable idée reçue, tous les hommes ne s'endorment pas après l'amour !" Toutes les femmes non plus et pourtant, après un orgasme, elles produisent aussi ces hormones... Alors certes, elles n'ont pas de période réfractaire et elles ont moins souvent un orgasme que les hommes, mais elles ne s'endorment pas pour autant...

Un mythe plus qu'une réalité

"Il y a de nombreuses fois où l'activité sexuelle empêche de dormir !" reprend le Dr Olivier Pallanca, qui dénonce une affirmation sans fondement... Si vous êtes trop excité par l'activité sexuelle, si le rapport a été tonique et qu'il a élevé la température centrale du corps, si vous avez consommé de l'alcool et des drogues, si on a fait l'amour en pleine lumière, cela maintient éveillé. Hommes et femmes peuvent avoir des douleurs durant le rapport qui est alors peu épanouissant et peut empêcher de dormir. Ou la prise de Viagra® et compagnie peuvent donner mal à la tête, maintenir l'érection trop longtemps et empêcher le sommeil."

De nombreuses situations contredisent donc l'idée selon laquelle les hommes s'endorment après l'amour. Le spécialiste conclut non sans humour : si vous voulez dormir après, il faut faire l'amour différemment ! A la façon "Papa maman dans le noir, on ne bouge pas trop", mais pas en mode performance qui ne favorise pas le sommeil.

Alors entre le sommeil ou le sexe débridé, c'est à vous de choisir...

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