Plaisir féminin : le clitoris, cet inconnu !

On l'appelle parfois pudiquement le "bouton de rose"... Seul organe du corps humain dédié spécifiquement au plaisir, le clitoris a longtemps été déconsidéré par la médecine. Et pourtant, il fait partie intégrante du sexe féminin.

Par la rédaction d'Allodocteurs.fr

Rédigé le June 9, 2014 , mis à jour le November 22, 2018

Sommaire

Le clitoris, organe du plaisir féminin

Marina Carrère d'Encausse et Régis Boxelé présentent le rôle du clitoris

Le clitoris est l'organe du plaisir féminin. Il est situé en avant de la vulve, à la jonction des petites lèvres. Il fait partie des organes génitaux externes, même s'il est presque entièrement caché.

La seule portion visible de cet organe est le gland clitoridien. Il est protégé par le capuchon, un pli de peau dans le prolongement des petites lèvres.

Mais le clitoris ne se résume pas à son gland. Il est beaucoup plus grand qu'on ne le pense, environ 10 centimètres. Les deux arches, sur le côté, sont les piliers du clitoris : il s'agit des corps caverneux. Les deux autres, à l'intérieur en forme de gouttes, sont les bulbes. Ils sont constitués de corps spongieux. Des tissus érectiles semblables aux corps caverneux.

Le clitoris, toute une histoire

Le clitoris a longtemps été déconsidéré par la médecine.

Si le clitoris est connu depuis l'Antiquité, la littérature médicale ne lui a pas toujours fait honneur. Il faut dire que la science n'a jamais été très à l'aise avec le grand responsable du plaisir féminin.

Siège du plaisir féminin, le clitoris est un organe encore auréolé de mystères. Pourtant dès l'Antiquité, la jouissance de la femme occupe une place d'honneur. Hippocrate considéré comme le père de la médecine l'avait d'ailleurs décrété : il faut que la femme éprouve du plaisir pour procréer.

Le clitoris est cartographié dès le XVIe siècle sur les premières planches d'anatomie. En 1559, l'Italien Renaldo Colombo est le premier à le découvrir. Il le dissèque, le dessine avec précision et le place au cœur du plaisir. Comparant déjà cet organe à son homologue masculin, le pénis.

Pendant 200 ans, l'anatomie du clitoris se précise. Les vaisseaux sanguins, les nerfs, les muscles auxquels il est attaché font leur apparition dans les manuels. Puis plus rien. L'organe du plaisir finit par tomber dans l'oubli.

"En 1880, on découvre comment le spermatozoïde rentre dans l'ovule et on comprend aussi que l'ovule sort régulièrement en fonction du cycle de la femme et indépendamment du plaisir de la femme", explique Jean-Claude Piquard, sexologue clinicien. Le sexe ne sert donc qu'à une chose : la reproduction. Et l'idéologie prend le pas sur la science.

Mal à l'aise avec le plaisir féminin, la médecine accuse le clitoris. Hystérie, épilepsie, jaunisse... l'excitation sexuelle serait à l'origine de tous les maux. Sous l'égide de l'Eglise, la masturbation est prohibée et réprimée.

Pour soigner l'hystérie, il existe une méthode : libérer la femme de ses humeurs grâce au massage vulvaire. Un acte médical lucratif mais qui prend du temps. Alors à l'aube de l'industrialisation, les médecins mécanisent la tâche, l'ancêtre du vibromasseur est né.

Mais les années passent, on oublie cette pratique et le clitoris finit par disparaître des dictionnaires. Le plaisir féminin, c'est tabou et aujourd'hui encore, la médecine le délaisse. Une situation paradoxale dans notre société où le sexe est omniprésent. Le clitoris reste donc à découvrir, les voies de l'orgasme n'ont pas dévoilé tous leurs mystères.

Le clitoris a donc subi une série de désaveux idéologiques et scientifiques au cours des siècles. Mais on le comprend aussi : difficile de s'intéresser médicalement à un organe auquel aucune pathologie n'est associée.

La reconstruction du clitoris

Attention images de chirurgie ! Comment reconstruit-on le clitoris des femmes excisées ?

Les médecins ont surtout étudié le clitoris pour répondre à la douleur des femmes excisées. L'excision correspond à l'amputation de la partie apparente du clitoris, parfois accompagnée de la blessure des petites lèvres. Cette mutilation, 140 millions de femmes dans le monde l'ont subie. Elle est pratiquée dans environ 70 pays, en Afrique subsaharienne notamment, mais également dans certaines régions d'Asie ou d'Amérique centrale. En France, elles seraient entre 50.000 et 60.000 femmes à avoir été amputées de cet organe du plaisir.

Engagé depuis 30 ans dans le combat contre les mutilations sexuelles imposées aux femmes, l'urologue français Pierre Foldes a mis au point au début des années 1990 une technique de réparation du clitoris pour les femmes excisées. L'intervention consiste à reconstruire l'organe mutilé à partir de sa partie profonde, interne, non excisée, et toujours innervée.

En France, cet acte de chirurgie est entièrement remboursé par la Sécurité sociale. L'opération s'accompagne aussi d'un suivi psychologique important. Une étape clé dans le processus de guérison, qui permet également aux femmes excisées de diminuer leurs douleurs et de les aider à accéder au plaisir sexuel.

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