Et si la méditation améliorait votre vie sexuelle ?

De plus en plus d'études montrent que méditer aurait des bénéfices sur la sexualité.

©Pixabay

Par Dr Charlotte Tourmente

Rédigé le November 29, 2018 , mis à jour le December 1, 2018

  • Vivre pleinement le rapport

Etre tout aux retrouvailles charnelles ne coule pas de source lorsque l'on pense au prochain rendez-vous avec son boss, à tout ce que l'on doit encore faire dans la maison, à la dernière dispute ou plus caricaturalement à sa liste de courses ! Grâce à la pratique régulière de la méditation en pleine conscience (de 10 à 30 minutes quotidiennes par exemple), on apprend à être plus présent, autrement dit plus conscient de ce que l'on fait, à se concentrer sur l'activité en cours sans penser à la précédente ou la prochaine et à ne pas se laisser embarquer par les pensées distrayantes. Elle aide également à être plus attentif ou attentive ce qui se passe dans son corps. Ce qui est très intéressant pour se reconnecter aux sensations d'excitation sexuelle et de percevoir avec plus de vivacité un début de lubrification ou une chaleur qui envahit le bas-ventre (certains travaux ont montré que les femmes n'en avaient pas toujours conscience). Les hommes ont l'avantage d'avoir un "mouvement" plus facile à percevoir avec l'érection mais certains ont parfois la tête tellement ailleurs qu'eux non plus y prêtent à peine attention.

De plus, la pleine conscience aide aussi à profiter pleinement du rapport, des caresses de l'autre sur son corps, du contact de sa langue et de son sexe, mais aussi à savourer la connexion à son/sa partenaire et le plaisir partagé...

  • Diminuer le stress, l'anxiété ou la dépression

La méditation en pleine conscience, ou MBSR (mindfullness based stress reduction) a montré son efficacité sur le stress, l'anxiété, la dépression, trois affections pouvant potentiellement affecter la sexualité.... Si certaines personnes profitent des bienfaits du sexe pour diminuer leur stress, de nombreuses autres constatent l'effet inverse.  Logique puisque la production d'adrénaline, l'hormone du stress, joue en effet des tours à l'érection, à la lubrification et au plaisir ! Des pensées autour du sujet stressant parasitent le cerveau et ne laissent aucune place aux pensées érotiques et aux fantasmes....

De même pour l'anxiété, qui envahit trop la tête pour pouvoir se consacrer aux galipettes. Lors d'une dépression, ni le cœur ni le corps n'en ont envie. La méditation est alors intéressante en complément d'une prise en charge si l'affection le nécessite ou seule, pour apprendre à mieux vivre le stress ou l'anxiété. Elle aide aussi à lâcher prise et à se concentrer sur ses sensations sexuelles pour en profiter pleinement.

Evidemment, certains trouveront le sport beaucoup plus efficace que la méditation pour évacuer leur stress ou leur anxiété : tout est question de tempérament ! Il est inutile de se forcer devant l'engouement des médias, cela doit rester une démarche personnelle.

  • Augmenter le désir

Lori Brotto, une chercheuse spécialisée en sexualité et en méditation, a réalisé une étude publiée en 2014 dans la revue Behavior research therapy. Elle recrute alors des femmes cherchant un traitement pour une baisse du désir et de l'excitation sexuelle. La chercheuse retrouve une augmentation du désir chez les femmes pratiquant la méditation, comparé au groupe placebo. Le premier groupe bénéficie de quatre sessions de 90 minutes, espacées de 2 semaines, et composées d'une thérapie sexuelle et de 20 minutes de Body scan (exercice de méditation centré sur le corps). L'impact isolé de la méditation sur le trouble du désir n'est donc pas évalué précisément. Deux ans plus tard, la même chercheuse affine la compréhension du rôle de la méditation, en enregistrant les modifications vaginales de l'excitation et en les comparant au désir ressenti par 79 femmes. Après une initiation au bodyscan, les femmes sont incitées à mettre en pratique les enseignements de la méditation durant leurs activités puis durant leur pratique sexuelle (d'abord la masturbation puis le rapport). Une thérapie sexuelle est faite en parallèle. L'étude montre que le fonctionnement sexuel s'améliore, puisque l'excitation physique comme le désir psychologique sont augmentés après la prise en charge axée sur la méditation.

Pour cultiver sa libido (même sans souffrir d'un trouble avéré du désir), la chercheuse estime qu' il est aussi très important d'être dans la compassion vis-à-vis de soi-même, loin des jugements négatifs qui sont parfois envahissants et de la sensation de ne pas être assez bien... Ces convictions parasitent parfois ce qui se passe sous la couette, comme l'explique cette revue scientifique publiée en 2011 sur les troubles sexuels féminins : la méditation pourrait agir en ciblant les facteurs psychologiques qui sous-tendent le trouble sexuel (survenue des sensations d'excitation sexuelle et leur détection, améliorer l'attention et diminuer l'auto-jugement négatif). Une pratique régulière semble intéressante pour développer la bienveillance vis-à-vis de soi-même.

  • Améliorer un trouble sexuel

Outre la baisse de désir, de plus en d'études suggèrent l'intérêt de la méditation dans la prise en charge d'une autre dysfonction sexuelle. Les chercheurs se sont plus concentrés chez les hommes sur la sexualité compulsive, où la mindfulness pourrait avoir sa place en complément de la thérapie. Elle aurait aussi son intérêt dans la prise en charge de l'addiction sexuelle. Les victimes de cancer gynécologiques, d'abus sexuel ou encore dans certaines douleurs durant le rapport (vestibulodynie provoquée) pourraient également bénéficier des bienfaits de la mindfulness dans le cadre d'une prise en charge classique.  

Stephenson en 2016 donnait quelques pistes de compréhension sur les différents mécanismes de la méditation sur la sexualité. Il en détaillait six : délocaliser et focaliser son l'attention durant l'activité sexuelle (en ne se concentrant pas sur ses complexes mais sur les sensations positives), diminuer les schémas sexuels négatifs comme se sentir incompétent ou ridicule en situation sexuelle, modifier les attentes ou objectifs négatifs vis-à-vis du sexe, réduire l'évitement (par exemple, quand il y a un trouble de l'érection, l'homme tente souvent d'éviter le rapport pour ne pas se confronter à l'érection défaillante), diminuer les pensées négatives parasites et enfin améliorer le contexte relationnel.

Un travail sur le couple et sur la sexualité en plus

En dépit de ces travaux de plus en plus nombreux sur les troubles sexuels, la méditation n'est pas une baguette magique... Si elle peut vraiment aider une personne (voire le couple, si les deux partenaires s'intéressent à la pratique), elle ne modifiera pas en profondeur leurs relations si elles sont en cause dans l'altération de la vie sexuelle ! Celle-ci est aussi perturbée par les années ensemble où l'on finit par voir davantage les défauts que les qualités de celui/celle que l'on aime, par l'habitude qui érode le désir, par le manque d'efforts du partenaire pour continuer à séduire, passer du temps avec l'autre, ou alléger ses contraintes logistiques et ménagères. Le couple doit alors réfléchir aux difficultés et à leur source, tout comme aux façons de les dépasser, en sachant que l'aide d'un thérapeute de couple est souvent appréciable.

L'activité sexuelle aussi doit être repensée pour que les deux partenaires y trouvent du plaisir. Il s'agira notamment de ne plus être dans un schéma répété et identique, si le rapport se déroule toujours d'une façon identique et répété ; varier les lieux et les pratiques injectera un nouveau souffle et stimulera le désir. L'éclosion du désir féminin se cultive aussi par une "parade amoureuse", comme le font si bien certains animaux (les femmes nécessitent souvent d'être mises dans l'ambiance et séduites (même si évidemment tout dépend des personnes et de jours). Pour les couples hétérosexuels, le rapport ne devrait pas se limiter à la pénétration, ce que montrent trop souvent les études. Le plaisir féminin sera accru en stimulant le clitoris, en pensant au cunnilingus (si la fellation est très fréquente, le cunnilingus passe souvent à l'as). Une étude avait même montré un golden ticket chez les participantes : baisers langoureux, cunnilingus et masturbation du vagin par le partenaire. Tout en travaillant ces difficultés en parallèle, ceux et celles que cela intéresse pourront s'initier à la méditation pour mieux savourer leur vie sexuelle.

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