Pilules de 3e génération : l'affaire Marion Larat sera bien instruite

Après huit ans d’attente, le dossier de Marion Larat obtient finalement une instruction au pénal. Victime d’un AVC qu’elle attribue à sa pilule de 3e génération, elle est devenue l’emblème des victimes de contraceptifs hormonaux.

Crédits Photo : © Magazine de la Santé / 17juin Media

Par la rédaction d'Allodocteurs.fr, avec AFP

Rédigé le October 27, 2020 , mis à jour le October 27, 2020

"Une immense joie et un grand soulagement." C’est, selon son avocat Maître Jean-Christophe Coubris, ce qu’a ressenti Marion Larat quand elle a appris que son dossier serait finalement instruit au pénal après huit ans d’attente.
En 2006, cette Bordelaise alors âgée de 18 ans devient lourdement handicapée après un AVC qu’elle attribue à sa pilule de 3e génération, Méliane, produite par le groupe allemand Bayer.

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Un lien causal entre pilule et AVC

Cet AVC massif, qui l'a handicapée à 65%, a d'abord été attribué à une malformation cardiaque. Mais en 2011, le lien causal entre la prise de cette pilule et l'accident est reconnu par la commission régionale de conciliation et d'indemnisation des accidents médicaux.

Fin 2012, elle devient la première Française à porter plainte pour "atteinte involontaire à l'intégrité de la personne" et l’affaire devient emblématique pour les femmes s'affirmant victimes d'effets secondaires de contraceptifs hormonaux.

Classement en 2017, non-lieu en 2018

Les autorités sanitaires anticipent alors le déremboursement des "mini-pilules" et 130 autres plaintes avaient aussi été centralisées au pôle de santé publique du parquet de Paris. Mais en 2017, le parquet classait l'enquête concernant 29 marques de pilules contraceptives de 3e et 4e générations.

L'avocat de Marion Larat avait alors déposé une plainte avec constitution de partie civile, entraînant désignation d'un juge d'instruction, mais une ordonnance de non-lieu avait été rendue en octobre 2018. Maître Coubris avait fait appel.

"Rien ne justifie huit ans de bataille"

Puis, dans un arrêt en juillet 2020, la chambre d'instruction de la Cour d'appel de Paris considère finalement qu'"il a été estimé à tort que le lien de causalité entre la prise de (la pilule Méliane) et l'AVC n'avait pas été établi de façon certaine". Maître Coubris se dit aujourd’hui soulagé de voir désignée une juge d'instruction, qui devrait auditionner Marion Larat "d'ici la fin de l'année".

Depuis 2012, l'avocat a été "sollicité par plus de 700 victimes" et a "constitué 350 dossiers" concernant "des survenues d’embolies pulmonaires, heureusement sans séquelle pour la plupart". Parmi toutes ces actions, celle de Marion Larat est la première à aboutir aujourd’hui, un constat "logique" pour Maître Coubris étant donné la gravité de son handicap. Logique mais extrêmement long. Pour l’avocat, "rien ne justifie huit ans de bataille pour un tel contentieux".

4,5 millions d’euros d’indemnités

Parallèlement, sur le plan civil, la justice a reconnu Marion Larat comme victime d'"un accident médical non fautif". La jeune femme s’est donc vu allouer par un jugement en septembre du tribunal judiciaire de Bordeaux des indemnités pour préjudices subis de 4,5 millions d'euros ainsi qu'une rente annuelle de 25.000 euros, versés par l'Office national d'indemnisation des accidents médicaux (Oniam). En février 2018, l'Oniam avait déjà dû verser une provision de 550.000 euros.

"Ne pas se sentir coupables mais bien victimes"

Marion, avait dû interrompre ses études après un AVC. Aujourd'hui âgée de 33 ans, elle vient d'accoucher d'un deuxième enfant. Le 26 octobre, elle a appelé les femmes souffrant de séquelles de pilules à "ne pas se sentir coupables ni fautives mais bien victimes de la pilule, et se battre, porter plainte".

Aujourd'hui, Marion Larat dit rester sujette à des crises d'épilepsie, à une aphasie (trouble du langage) qui affecte aussi son écrit, souffrir d'une hémiplégie de la main droite, d'une fatigabilité "extrême" et affirme "qu'elle ne pourra jamais travailler".