Inceste : des spécialistes nous expliquent comment aider un enfant victime de violences sexuelles

Comment détecter un enfant victime de violences sexuelles ? Comment aborder le sujet avec lui ? A qui s’adresser pour trouver de l'aide ? Les réponses de Muriel Salmona psychiatre et Patrick Loiseleur de l'association Face à l'inceste.

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Par Lucile Boutillier

Rédigé le January 19, 2021 , mis à jour le January 21, 2021

Après la publication du livre de Camille Kouchner La familia grande dénonçant l’inceste subi par son frère jumeau et l’apparition du hashtag #MeTooInceste sur Twitter, de nombreuses personnes se demandent comment détecter un enfant victime d'inceste et comment lui venir en aide.

Muriel Salmona, psychiatre spécialiste du sujet, et Patrick Loiseleur, vice-président de l'association Face à l'inceste, ont décrit à AlloDocteurs.fr certains signes qui peuvent inquiéter, les clefs pour aborder la question avec un enfant, ainsi que les recours disponibles en cas de doute.

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Quels signes doivent alerter ?

D’après nos spécialistes, un enfant victime de violences sexuelles manifeste son mal-être d’une manière ou d’une autre. « Tous les signes de souffrance peuvent alerter », commence Muriel Salmona. 

« Les enfants victimes peuvent basculer dans un état où ils ne supportent plus rien », poursuit la psychiatre. « Les conduites à risque, scarifications, violences sur soi, jeux dangereux, conduites sexualisées inadaptées par rapport à leur âge, peuvent aussi alerter. » Sans oublier que les enfants victimes d’inceste sont souvent victimes d’autres violences comme du harcèlement.

« L’enfant peut donner des signes de mal-être indirect », complète Patrick Loiseleur. « Fugues, isolement, mauvais résultats scolaires … Parfois, il vient en consultation pour une raison différente. Souvent l‘enfant culpabilise et a des comportements autodestructeurs. Il internalise cette violence qu’il subit », résume-t-il.

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Comment aborder le sujet ?

« Le premier geste de dépistage, c’est de poser la question », affirme Patrick Loiseleur. Pour Muriel Salmona, le sujet est plus facile à aborder avec un enfant qu’avec un adulte. « On peut profiter d’un film ou d’un livre qui parle de violences -pas forcément sexuelles- pour expliquer que quelqu’un pourrait forcer l’enfant à faire quelque chose qui le dérange ou lui fait peur, puis demander si c’est déjà arrivé. »

D’après la psychiatre, il est fondamental que les questions viennent de l’adulte. « Si un adulte pose une question, c’est qu’il veut entendre une réponse, c’est qu’il veut savoir. Il faut que les enfants aient l’impression que les adultes veulent savoir ce qui leur arrive. Si on ne leur pose pas de questions, ils ont l’impression que ce qui leur arrive n’existe pas. On le voit tout de suite si un enfant a quelque chose à dire. »

Si l’enfant auquel vous vous adressez ne trouve pas les mots ou est trop jeune, la psychiatre conseille de lui faire montrer sur un dessin ou avec le doigt ce qui s’est passé. « Il faut dire que personne n’a le droit de le toucher et qu’il faut tout de suite en parler. L’enfant ne doit pas se sentir en faute de ne pas s’être défendu. Il faut préciser que l’adulte sait très bien que c’est totalement interdit. L’enfant sait ce qu’est un adulte méchant, exactement comme les ogres dans les contes. »

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Quels sont les aides disponibles ?

La suite dépend de la situation : d’après Muriel Salmona, en cas de doutes, il faut contacter le 119. En revanche, si l’enfant vous a révélé quelque chose, n’hésitez pas à écrire ses propos pour pouvoir les transmettre précisément et adressez-vous au procureur de la république.

Par la suite, l’enfant pourra être reçu dans une unité médico-judiciaire (UMJ) dans un hôpital. « Dans une UMJ, l’enfant ne parle pas avec des mots, il montre sur un dessin où on l’a touché », explique Patrick Loiseleur. 

Même des années après les faits, « les victimes de violences pendant l’enfance peuvent être prises en charge à 100%, au titre de l’Affection Longue Durée (ALD) », précise le vice-président. L’ALD désigne une maladie chronique à caractère grave, qui peut être prise en charge à 100% par l’Assurance Maladie.