Les phages pour éliminer les bactéries : la piste se concrétise

Les phages utilisés pour guérir les infections bactériennes constituent une alternative sérieuse aux antibiotiques de moins en moins efficaces. Des autorisations temporaires d’utilisation de ces virus pourraient voir le jour en 2019.

Crédits Photo : © Flickr / naturalismus

Par la rédaction d'Allodocteurs.fr, avec AFP

Rédigé le March 20, 2019 , mis à jour le March 20, 2019

Un nouveau pas dans la lutte contre les bactéries résistantes aux antibiotiques. Après deux ans de traitements délivrés au compte-gouttes pour des patients en situation désespérée, la France semble s'engager de façon plus déterminée dans l'utilisation des phages, une technique appelée phagothérapie. Ces virus, capables de s’accrocher aux bactéries et de les tuer, constituent une prometteuse alternative aux antibiotiques.

"Il faut maintenant faire des essais cliniques"

Les phages (ou bactériophages) sont des armes de "destruction massive de la bactérie", explique à l’AFP le Pr Frédéric Laurent, chef du service bactériologie de l'Hôpital de la Croix-Rousse à Lyon. Ils constituent donc un espoir immense face aux infections résistantes aux antibiotiques, de plus en plus fréquentes.
Depuis 2016, l'Agence nationale de sécurité du médicament (ANSM) a accompagné une vingtaine d'administrations exceptionnelles de phages, en ultime recours dans le cas d’infections sévères contre lesquelles les antibiotiques étaient inefficaces. Mais l’Agence souhaite aujourd’hui aller plus loin : "il faut maintenant faire des essais cliniques pour avoir des données consolidées", souligne ainsi auprès de l’AFP Caroline Semaille, responsable de la direction des médicaments anti-infectieux de l'Agence Nationale de Sécurité du Médicament (ANSM). Et, dès 2019, l'ANSM compte délivrer des autorisations temporaires d'utilisation (ATU), première étape avant une autorisation de mise sur le marché. Un "tournant", confirme Caroline Semaille.

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Guérir les infections liées aux prothèses ou au diabète

Un des domaines de prédilection de l’utilisation des phages contre les bactéries résistantes est l’orthopédie : "Lorsqu'on pose une prothèse, il y a un risque incompressible de 1 à 2% de développer une infection, qui monte même à 30% pour certains patients", explique en effet à l’AFP le Pr Tristan Ferry, spécialiste des infections ostéo-articulaires à la Croix-Rousse. Et comme la population française vieillit, le nombre de prothèses de hanche ou de genou qui s’élève déjà à 200.000 par an en France, est croissant.
D'autres usages sont espérés notamment pour les infections affectant les pieds des diabétiques, qu'il faut parfois amputer, ou pour les infections respiratoires à répétition des malades de la mucoviscidose.

160.000 infections dues aux bactéries résistantes par an

Les recherches futures permettront peut-être de généraliser l’usage des phages dans les infections bactériennes banales comme les infections urinaires ou digestives. Mais la prudence est de mise car, comme pour les antibiotiques, les bactéries peuvent développer des résistances aux phages.

Actuellement, la résistance aux antibiotiques constitue, selon l’Organisation mondiale de la Santé (OMS), "l’une des plus graves menaces pesant sur la santé mondiale, la sécurité alimentaire et le développement". En France, près de 160.000 patients développeraient chaque année des infections dues à des bactéries multirésistantes aux antibiotiques et près de 13.000 personnes en mourraient.

Les bactéries résistantes sont des bactéries qui sont devenues insensibles aux antibiotiques censés les détruire. Elles survivent et continuent de proliférer malgré l’administration d’un traitement antibiotique.
Les bactéries sont dites multirésistantes aux antibiotiques (BMR) si elles sont insensibles à plusieurs familles d’antibiotiques.

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