Prothèses mammaires, vaginales et péniennes : vos questions, nos réponses (1)

Plusieurs chirurgiens répondent à vos interrogations sur les risques liés aux implants médicaux, risques dénoncés depuis le début de la semaine dans les "Implants Files".

Par la rédaction d'Allodocteurs.fr

Rédigé le November 27, 2018 , mis à jour le November 28, 2018

Que risquent les femmes à qui on a implanté une bandelette contre l'incontinence ?

Pr François Haab, urologue – Les bandelettes trans-obturatrices, ce sont les bandelettes qui sont mises en place pour le traitement de l’incontinence urinaire (à ne pas confondre avec les implants de renfort vaginaux pour les prolapsus, et pour lesquels il y a un débat très important). Bien sûr, on ne peut jamais dire qu’une prothèse est « exempte de toute complication »… mais ce sont des implants qui sont utilisés maintenant depuis 20 ans – la première bandelette a été utilisée en France en 1998 – avec [un recul sur le] très long terme, et à ce jour on n’a jamais observé de complication majeure à grande échelle sur cette prothèse. On a un taux de bonne tolérance dans 97% des utilisations, selon les chiffres d’une enquête de matériovigilance renforcée réalisée en 2003 par l’Afssaps.

 

Quelle surveillance pour les porteuses de prothèses mammaires texturées Allergan ? Faut-il les faire retirer ?

Pr Maurice Mimoun, chef du service de chirurgie plastique, reconstructrice et reparatrice à l'hôpital St Louis (Paris) – On se retrouve dans une situation terrible, et aussi caricaturale : on a mis de la texture sur les prothèses alors que ça ne servait à rien, ou tout du moins on ne savait pas si ça apportait quelque chose, car cela n’a pas été évalué. Et dix ans plus tard, on s’aperçoit que [c’est associé à un sur-risque de lymphome]. Je ne veux pas du tout être anxiogène, mais je ne sais pas ce qui va se passer, ni dans 5 ans, ni dans 10. […] Changer les prothèses à toutes les femmes [entraînerait] des risques opératoires qui ne sont pas négligeables, donc le rapport bénéfice/risque n’est absolument pas évident. Si on doit changer une prothèse texturée (dès que la prothèse commence à être vieille, ou si elle est associée à une complication), il faut désormais absolument mettre des prothèses lisses. Les prothèses texturées entraînent une réaction inflammatoire qui [dans certains cas, peuvent être précurseur d’un cancer]. Ce que les femmes doivent savoir c’est que dès qu’il a un durcissement, un gonflement spontané du sein, il faut consulter au plus vite. Et [rappeler qu’au bout] d’une dizaine d’années, il faut les changer. Voilà ce qu’on peut dire aujourd’hui.

Les prothèses vaginales peuvent-elles être retirées facilement en cas de douleur ?

Pr F. Haab – Ces prothèses vaginales, essentiellement utilisées pour le traitement du prolapsus, sont très difficiles à retirer parce qu’elles ont la propriété de s’incorporer dans les tissus. La prothèse (qui se présente sous forme d’une maille) est "colonisée" par les fibroblastes, elle cicatrise dans les tissus. Elles sont assez difficiles à retirer – bien que cela ne soit pas impossible. Il est hors de question, bien sûr, de les retirer par précaution. On ne retire ce type de prothèses que s’il y a des symptômes associés.

Les implants péniens pour homme sont-ils concernés ?

Pr F. Haab – Sphincters urinaires artificiels et implants péniens sont des implants qui n’ont comme seul risque que celui de l’infection nosocomiale. On rejoint [un problème que l’on rencontre avec] les prothèses classiques, l’infection des prothèses (pour 5% à 7% des malades). On les retire, mais on n’est pas du tout dans la même problématique que celle [rencontrée avec les prothèses mammaires texturées], problématique de réaction du corps : ce sont des prothèses en silicone, qui sont rapidement [isolées], là où les prothèses mammaires sont en interaction avec les tissus environnants.

J'ai subi une mastectomie, une reconstruction est prévue au moins de janvier. Quelle précaution prendre ? Dois-je annuler ?

Pr M. Mimoun – Il ne faut pas du tout jeter l’opprobre sur les reconstructions prothétiques, parce que l’on va [se mettre à employer] des techniques qui sont beaucoup plus lourdes et qui ne valent pas le coup. […] Si la patiente doit mettre une prothèse, aujourd’hui il faut qu’elle mette, par prudence, une prothèse à parois lisses. Ni micro-texturée, ni macro-texturée.

Lire également : Implants cardiaques, prothèses de hanche : vos questions, nos réponses (2)

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