Les laboratoires pharmaceutiques annoncent un plan contre la pénurie de médicaments

Vaccins, traitements contre l'hypertension ou la maladie de Parkinson... En dix ans, le nombre de médicaments touchés par des pénuries a été multiplié par dix. Sans être prêts à en supprimer toutes les causes, les laboratoires pharmaceutiques font des propositions pour les réduire. 

Par La rédaction d'Allodocteurs.fr

Rédigé le February 19, 2019 , mis à jour le February 21, 2019

- Ce plan d’actions des laboratoires pharmaceutiques, le LEEM, commence par un diagnostic plutôt juste de la gravité de la situation ?

Tout à fait, selon leur propre étude, 31% des Français ont été exposés à ces difficultés et ce pourcentage s'élève même à 44% pour ceux qui souffrent de maladies chroniques. Cela correspond bien à la nature des médicaments concernés puisque derrière les anti-infectieux, c’est-à-dire les vaccins et les antibiotiques (21% des situations critiques), on trouve les traitements de maladies du système nerveux comme Parkinson ou l’épilepsie (19%), puis des anticancéreux et des immunorégulateurs (14%), ces molécules plus récentes contre les déréglements de nos défenses immunitaires (MICI, Lupus…). 
Parmi les pénuries les plus importantes depuis plusieurs mois, il y a celle qui touche le Sinemet, qui soulageait des patients atteints de la maladie de Parkinson comme Line, 81 ans, très inquiète lorsqu’une de nos équipes l’a rencontrée cet hiver.

- Que s’est-il passé pour ce traitement ?

En fait, le laboratoire MSD en a entièrement confié la fabrication à un sous-traitant aux Etats-Unis. Or, après l’avoir inspecté, l’agence du médicament américaine, la FDA, a constaté plusieurs défauts et exigé l’interruption de la production pour une mise aux normes. Et c’est parfaitement représentatif de l’organisation actuelle de l’industrie pharmaceutique. Ils le reconnaissent eux-mêmes d’ailleurs, en mettant en avant la complexité des processus de fabrication des molécules modernes. Pour être le plus rentable possible, ils concentrent l’investissement technologique nécessaire sur un seul site de production. Au moindre problème, c’est la catastrophe. 

- Et les problèmes sont d’autant plus fréquents que près de 80% des matières premières des médicaments sont fabriqués hors d’Europe et surtout souvent en Chine ou en Inde ?

Exactement, un très grand nombre de patients qui souffrent d’hypertension artérielle sont maintenant au courant puisqu’ils font eux aussi face à un problème de pénurie. Des composants potentiellement cancérogènes ont été détectés dans les millions de comprimés de Valsartan fabriqués dans une usine chinoise ce qui a entraîné le retrait de toutes les boîtes concernées. Et là encore, les industriels sont d’une transparence étonnante dans leur plan d’action. Ils y écrivent noir sur blanc que les normes de sécurité européennes sont trop strictes et trop souvent modifiées, ce qui, selon leurs propres termes « ne favorise pas l’implantation et le maintien des sites industriels » ! Autrement dit, ils préfèrent aller produire ailleurs avec moins de contrôle…

- Alors quelles sont les propositions avancées pour éviter ces difficultés ?  

Cela peut sembler paradoxal mais ils demandent d’abord davantage de règles ! Avec la définition de « médicaments d’intérêt sanitaire et stratégique » pour lesquels les mesures de sécurisation déjà créées en 2016 seraient encore renforcées. Il s’agirait de traitements dont l’absence créerait un risque vital et immédiat en l’absence d’alternative dans des pathologies graves comme les anticancéreux par exemple. L'idée serait de créer une obligation de constituer un stock en France ou en Europe et d’en organiser le suivi par les autorités sanitaires. Ils suggèrent aussi une « identification systématique des fournisseurs » en particulier pour les principes actifs, la « base » du médicament.

- Autant de mesures dont nous pourrions imaginer qu’elles existent déjà par simple éthique de la part de producteurs de médicaments   ?

Oui mais malheureusement, la concurrence est telle dans ce secteur qu’ils ne savent pas s’auto-discipliner. J'ai pu faire le point sur ces mesures avec Alain-Michel Cerreti, président du groupe d’associations de patients France Asso Santé et il n’était pas du tout surpris. Déjà après l'affaire du Mediator, les laboratoires pharmaceutiques avaient reconnu la necessité de contraintes extérieures pour améliorer leurs pratiques ! Ces contraintes se renforcent d’ailleurs en France. Pour la première fois un laboratoire, MSD a été condamné à payer une amende par l’Agence du médicament, l’ANSM. Près de 350 000 euros pour avoir aussi peu sécurisé l’approvisionnement du Sinemet et mis en danger les patients. Mais Alain-Michel Cerreti craint qu’il ne s’agisse que d’une goutte d’eau par rapport aux profits de ce laboratoire pharmaceutique.. Il faudrait surtout selon lui que les pouvoirs publics récupèrent les licences des médicaments dont les fabricants ne garantissent  plus l’approvisionnement. La loi le prévoit. Cela rejoint une proposition du rapport des sénateurs cet hiver : une production publique qui existe déjà dans le cadre de la pharmacie des armées  ou du site de l’AP-HP en Ile-de-France. 

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