Vers une meilleure réglementation de l'homéopathie aux Etats-Unis ?

Commercialiser un produit en alléguant de bénéfices pour la santé du consommateur est aisé aux Etats-Unis : il suffit de le présenter comme une préparation homéopathique. La réglementation de ces produits est en effet très laxiste outre-Atlantique. Au terme de deux jours d'auditions publiques, l'Agence du médicament (FDA) pourrait renforcer la réglementation de ce marché de plusieurs milliards de dollars.

Par Florian Gouthière, avec AFP

Rédigé le April 22, 2015 , mis à jour le April 23, 2015

Aux Etats-Unis, les médecines homéopathiques sont en principe régies par la même cadre réglementaire que les autres produits pharmaceutiques depuis 1938. Mais en 1972, la Food and Drug Administration (FDA, agence du médicament des Etats-Unis) a décidé de ne pas contrôler préalablement leur mise sur leur marché. Cette absence de contrôle suscite de nombreuses critiques dans les milieux médicaux.

L’homéopathie repose sur l’hypothèse suivante : des substances provoquant un symptôme clinique donné peuvent soigner un malade ayant un symptôme similaire dès lors qu’elles sont très fortement diluées (et d’autant plus que la dilution est importante, même si la substance en question ne soit plus présente dans le produit final).

La décision de la FDA, en 1972, se fondait précisément sur ce constat : du fait des dilutions astronomiques impliquant la confection des produits homéopathiques, on n’y peut trouver aucune trace de produit actif. Si ce fait entraîne l’absence d’effet clinique propre (c’est à dire autre que le bénéfice de la relation entretenue avec le médecin), elle entraîne bien logiquement l’absence d’effet secondaire(2) !

Mais depuis six ans, la FDA a adressé plusieurs dizaines de lettres d'avertissement à des sociétés fabriquant des produits homéopathiques, du fait d’allégations thérapeutiques usurpées, ou de présence substances actives dans des préparations. En 2009, la FDA avait en effet révélé que le Zicam®, un "remède homéopathique" contre le rhume, avait entraîné 130 personnes eurent perdu l'odorat. L’agence avait mis en garde la population contre ce produit.

Le mois dernier, l'agence avait également appelé le public à se méfier des produits homéopathiques destinés à traiter l'asthme, "leur efficacité et leur innocuité n'avaient pas été évaluées". La commercialisation de produits homéopathiques entraîne en effet un danger sanitaire réel dès lors qu’ils sont utilisés pour des pathologies ne pouvant se résorber d’elles mêmes.

C’est donc pour juger de "la pertinence" et de "la clarté" de la réglementation actuelle autour de l’homéopathie, la FDA a réuni, le 20 et 21 avril 2015, un comité consultatif d'experts indépendants.

Face aux représentant de la FDA, le Dr Adriane Fugh-Barman, professeur de pharmacologie à l'Université de Georgetown à Washington, a déploré le fait que "la FDA continue à différer l'utilisation de son autorité réglementaire pour ces produits". "La majorité du public n'a aucune idée de ce qu'est l’homéopathie et pense souvent qu'il s'agit de compléments alimentaires ou même de médicaments conventionnels", a-t-elle poursuivi. Selon elle, "les utilisateurs comme de nombreux professionnels de la santé ignorent que la FDA ne contrôle pas l'innocuité et l'efficacité de ces produits".

De leur côté, les partisans de l’homéopathie ont défendu avec force cette médecine non-conventionnelle craignant un renforcement de la réglementation.

"Nous sommes confiants sur le fait que la majorité des médecines homéopathiques sur le marché sont fabriquées et étiquetées conformément à la loi sur les produits pharmaceutiques, alimentaires et cosmétiques assurant que les consommateurs ont accès à des produits sûrs pour leurs besoins de santé", écrit dans un communiqué Mark Land, président de l'American Association of Homeopathic Pharmacists (AAHP).

Lisa Amerine, qui pratique la "naturopathie" depuis plus de onze ans et est membre de l'Académie homéopathique des médecins naturopathes (HANP), a plaidé mardi devant le comité de la FDA pour préserver l'homéopathie. Etant donné que cette médecine non-conventionnelle "est sûre et relativement facile à comprendre pour le public en cas de problèmes de santé mineurs, nous encourageons le maintien d'un accès à ces médecines homéopathiques sans ordonnance pour aider à améliorer la santé de la population", a-t-elle expliqué.

Un récent rapport du Conseil australien de recherche médicale et de la santé nationale, s'appuyant sur 176 études a conclu, selon elle,  qu'"il existe aucune pathologie contre laquelle il existe des preuves fiables d'une efficacité de l'homéopathie". Cette conclusion se fait l'écho des Instituts nationaux américains de la santé (NIH), qui constatent également que l’homéopathie n’est jamais parvenue à démontrer sa capacité à une maladie spécifique. Les NIH soulignent aussi que plusieurs principes de l'homéopathie "sont contraires à des principes fondamentaux de la chimie et de la physique".

 

Les personnes qui se soignent par homéopathie ne guérissent pas mieux que celles qui prennent, en lieu et place des granules, un placebo. En dépit de l’inefficacité démontrée des produits homéopathiques, leur commerce est florissant. "Le marché a connu une croissance explosive ces 25 dernières années", écrit la FDA sur son site internet. En 2007, les Centres de contrôle et de prévention des maladies (CDC) estimaient que les citoyens des Etats-Unis dépensaient 2,9 milliards de dollars par an en produits homéopathiques.

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