À Lille, l’homéopathie ne fera pas sa rentrée à la fac

La faculté de médecine de Lille suspend l’enseignement de l'homéopathie pour l'année universitaire 2018-2019 afin de ne pas cautionner "une doctrine qui est restée en marge du mouvement scientifique".

Par Florian Gouthière

Rédigé le September 3, 2018 , mis à jour le September 3, 2018

"La faculté de médecine de Lille décide de suspendre son diplôme d’université d'homéopathie pour l’année universitaire débutante dans l’attente de la position de la HAS et d’échanges nationaux sur l’encadrement de cette pratique et de son enseignement", a fait savoir l’université ce 31 août, via les réseaux sociaux.

Il s'agit d'une position prise "dans le cadre d'une réflexion scientifique et pédagogique", a indiqué à la presse le doyen de cette faculté, Didier Gosset. "Force est de constater que nous enseignons une médecine fondée sur les preuves – on tient à une rigueur scientifique, absolue – et force est de constater qu'en parallèle l'homéopathie n'a pas évolué [depuis 220 ans], que c'est une doctrine qui est restée en marge du mouvement scientifique, que les études [sur l'homéopathie] sont peu solides : maintenir notre enseignement serait le cautionner".

Le Collège National des Généralistes Enseignants a salué la décision du doyen et "appelle les autres facultés à suivre le même chemin".

D’autres universités, comme celle de Bordeaux, ont renoncé à proposer un diplôme universitaire en lien avec la pratique de l’homéopathie, afin de ne pas cautionner cette pratique qui, bien que très populaire en France, n’est jamais parvenue à démontrer son efficacité propre (c’est-à-dire au-delà de l’effet placebo commun à toute prise en charge thérapeutique).

Un mouvement de fond

En dépit du fait que de très nombreuses études indépendantes ont, de longue date, confirmé l’absence de bénéfices spécifiques de l’homéopathie, celle-ci jouit d’une grande popularité en France, où sont implantés les influents laboratoires Boiron – numéro un mondial des préparations homéopathiques.

Ces dernières années, de nombreux états ont engagé un déremboursement de l’homéopathie, ou ont instauré un étiquetage spécifique précisant que ces produits n’ont pas fait la preuve de leur efficacité. En France, l’autorisation de mise sur le marché (AMM) de l’essentiel des produits homéopathiques bénéficie d’un régime dérogatoire, les dispensant de toute évaluation d’efficacité.

La tribune qui a mis le feu aux poudres

Le débat sociétal sur l'utilité de l'homéopathie a ressurgi avec vigueur depuis la publication mi-mars dans Le Figaro d'une tribune de 124 médecins réclamant l'arrêt de la prise en charge par l'Assurance maladie.

Cette tribune attaquait les médecines dont l’efficacité propre est réfutée par les études. Ces médecins mettaient plus généralement en garde contre les personnes "qui recherchent la caution morale du titre de médecin pour faire la promotion de fausses thérapies à l'efficacité illusoire".

Des médecins favorables à l'homéopathie ont répliqué en portant plainte devant le Conseil de l'Ordre des médecins contre les signataires – non pas sur le fond du dossier, mais pour "manque de confraternité".

Le ministère de la Santé a saisi la Haute autorité de santé pour évaluer une nouvelle fois l'efficacité de l'homéopathie et le bien-fondé de son remboursement. Elle attend son avis d'ici fin février 2019.


[1] En 2015, les Académies des sciences de Hongrie et de Suède ont proposé que l’autorisation de l’homéopathie soit soumise aux mêmes critères d’évaluation scientifiques que ceux utilisés pour l’autorisation des médicaments. Au Royaume-Uni, le National Health Service (NHS, le système de la santé publique du Royaume-Uni) ne rembourse plus l’homéopathie depuis novembre 2017. Cette même année, le Conseil scientifique des académies des sciences européennes s’est également prononcé pour son déremboursement.

Sponsorisé par Ligatus