L'Académie de médecine favorable à la greffe d'utérus

Dans un rapport publié le 23 août 2015, l’Académie de médecine s’est déclarée favorable à un programme de recherche sur la transplantation utérine. Une technique expérimentale qui a déjà permis la naissance de plusieurs enfants en Suède.

Par Marie-Noelle Delaby

Rédigé le August 27, 2015 , mis à jour le August 27, 2015

L'utérus n'est pas un organe vital, mais son absence est responsable d'une infertilité définitive. Elle peut être congénitale ou faire suite à une hystérectomie, notamment dans les suites d'un cancer. A ce jour, les seules solutions pour les patientes qui en sont atteintes sont l'adoption de plus en plus difficile ou la gestation pour autrui interdite en France. "La transplantation utérine, alternative devenue crédible depuis la naissance d'un enfant vivant en Suède, soulève donc un immense espoir", estime l’Académie de médecine, dans un rapport publié le 23 août 2015.

Quinze ans de recherche et une première naissance

La première - et durant longtemps - la seule greffe d'utérus humaine jamais connue, a eu lieu en 2002 à Djedda, en Arabie saoudite. Elle se solda malheureusement par un échec, mais provoqua une émulation chez les chercheurs, notamment en Suède, où la gestation pour autrui (GPA) est interdite.

Dès cette année-là, les chercheurs de l’université de Göteborg commencèrent des travaux sur des souris avant de s’attaquer à partir de 2008 à des mammifères plus volumineux : des brebis, puis des babouins. En 2014, le Comité d'éthique de Suède, après un refus initial, donna son accord pour la poursuite d’essais humains.

Neufs femmes bénéficièrent alors d’une transplantation utérine de donneuses vivantes et ménopausées. Dans cinq cas, les donneuses étaient leurs mères. Sous traitement oestro-progestatif, les menstruations sont apparues en deux mois. Sur les neuf femmes ayant bénéficié d'une greffe d'utérus, sept ont conservé l'utérus transplanté et vivent sans complication grâce à la prise de médicaments immunosuppresseurs (anti-rejet). Le premier enfant issu de cette technique expérimentale soufflera sa première bougie en septembre 2015. L'intervention qui avait permis à la future mère de 36 ans de recevoir l’utérus d'une donneuse vivante avait duré une dizaine d'heures pour le prélèvement de l'utérus et environ 5 heures pour la transplantation. Pour l'heure, quatre enfants sont nés en Suède grâce à la transplantation utérine.

En France, deux équipes sur le qui-vive

Côté français, deux équipes préparent l’avenir de la greffe utérine. Des chercheurs qui se disent prêts a effectuer des interventions dans les années à venir. A Limoges, l’équipe des Dr Tristan Gauthier et Pascal Pivert a notamment effectué, avec l'accord de l'Agence de la biomédecine (ABM), plusieurs prélèvements d'utérus chez des femmes en état de mort cérébrale.

En parallèle, une équipe de l’hôpital Foch de Suresnes, dirigée par Jean-Marc Ayoubi et René Frydman, envisage d'utiliser des donneuses vivantes dont l'utérus serait recueilli lors d’une hystérectomie pour une pathologie n'intéressant pas l'utérus, comme un prolapsus (descente d'organes) ou chez les transsexuelles femmes voulant devenir hommes. Un choix fondé sur le fait que les grossesses obtenues en Suède l’ont été à partir de donneuses vivantes. Les tentatives de grossesses menées à la suite de prélèvements cadavériques, en Turquie, avaient en revanche abouti à des avortements spontanés précise le rapport.

Pas d'objection théorique, mais un questionnement éthique

"Dès lors que des transplantations utérines ont été réalisées avec succès par une équipe dans le monde, cela devrait mettre fin à toutes les objections théoriques qui faisaient douter de sa réalisation. Mais, si elle est possible, est-elle pour autant souhaitable et si oui à quelles conditions ?" interroge l’Académie.

En octobre 2008, la Fédération Internationale de Gynécologie et d'Obstétrique (FIGO) s’était prononcée en défaveur de la greffe d'utérus, invoquant un manque de données sur le risque chirurgical et celui lié au traitement immunosuppresseur pour la mère et pour l'enfant. De son côté, l’Académie de médecine se dit favorable à la recherche sur la transplantation utérine mais ne manque pas de souligner que cette greffe unique en son genre soulève un certain nombre de questions éthiques.

Une greffe à temps partiel

"La greffe d'utérus se distingue de toutes les autres greffes parce qu'elle n'est pas vitale", rappelle l’Académie. En effet, son objectif n'est ni d'assurer ou de faciliter la survie du patient comme dans une greffe de coeur de foie ou de rein. Ni même d'améliorer la vie du patient comme dans une greffe de mains ou de visage. "Mais elle apporte à la femme un sentiment de réparation d'une injustice de la nature et surtout elle permet de donner la vie", reconnaît le rapport. D’autre part, la greffe d'utérus est une greffe éphémère puisque l'utérus devrait en principe être retiré à la suite d'une ou deux grossesses afin de limiter les effets de l'immunosuppression dans le temps.

"Dès lors, doit-on prendre un risque vital pour la mère pour la greffe d'un organe qui ne l'est pas ?" s’interrogent les rapporteurs qui, pour l’heure, se gardent de répondre à cette épineuse question.

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