Sédation, euthanasie : une différence fondamentale

Le Sénat débat ce 16 juin de la proposition de loi sur la fin de vie. Largement adopté en première lecture à l'Assemblée nationale, le 17 mars dernier, le texte des députés Alain Claeys (PS) et Jean Leonetti (UMP) prévoit la création d'un "droit de dormir avant de mourir", soit d'une sédation profonde et continue jusqu'au décès pour les patients en phase terminale. Un droit qui ne fait pas l'unanimité dans le milieu des soins palliatifs. Certains soignants craignent en effet des dérives.

 

Par la rédaction d'Allodocteurs.fr

Rédigé le June 16, 2015 , mis à jour le June 16, 2015

C'est une pratique déjà connue des médecins... La "sédation profonde et continue jusqu’au décès" consiste à endormir un patient en fin de vie pour lui éviter une souffrance intolérable.

Vincent Morel, président de la Société française d’accompagnement et de soins palliatifs (SFAP), prend l’exemple d’un patient qui se mettrait à étouffer "à cause d’une maladie respiratoire, et on sait que le décès va survenir dans les heures ou les 48 heures qui vont suivre son arrivée". "Ce qu’on propose à ce moment là, c’est de l’endormir pour qu’il ne vive pas l’effroi d’étouffer".

Dans la nouvelle proposition de loi, cet acte légitime mais exceptionnel, devient un droit du malade. Un droit qui pourrait être "mal interprété par le grand public", selon certains professionnels de santé.

"Pour les familles et même pour certains médecins, le mot sédation est égal à euthanasie", nous explique le docteur Blanchet, interrogée dans le cadre du reportage diffusé ce 16 juin. "Cette confusion, elle vient du fait aussi que ça représente la mort apaisée et que mourir en dormant serait un peu la mort idéale… Il y a des patients qui nous demandent de dormir et qui nous disent même « je sais bien que vous ne pouvez pas faire d’euthanasie mais par contre vous pouvez me faire dormir jusqu’à mourir ». Il y a déjà des patients qui disent ça. On voit bien que dans leurs représentations c’est équivalent. Donc c’est une façon indirecte de demander une euthanasie en ne la nommant pas."

Aux yeux d’autres médecins, la loi qui encadre cette pratique est très claire : pour eux, sédation et euthanasie sont deux actes bien distincts. Vincent Morel souligne ainsi "[que l’on a] souvent en ce moment l’idée que la sédation pourrait tuer le malade ou provoquer le décès du patient et c’est une idée totalement fausse. La sédation soulage le malade. Il y a des études ont très clairement montré que lorsqu’on endort un malade pour qu’il ne souffre pas, on n’influence pas le moment ou le décès va survenir. Le décès survient soit de l’évolution de la maladie, le décès survient soit de l’arrêt des traitements qui maintenaient en vie, mais pas de la sédation.

Pour éviter une mauvaise interprétation, il reste encore à expliquer clairement aux patients comme à leurs familles quelle réalité recouvre la pratique de la sédation.

L'esprit de la loi

Parmi les équipes soignantes, des voix s'élèvent également pour critiquer l'esprit même de la loi. Le texte précise, par exemple, qu’à la demande du patient en fin de vie et afin d’éviter toute souffrance, doit être mis en œuvre : "un traitement à visée sédative et antalgique provoquant une altération profonde et continue de la vigilance jusqu’au décès".

Un "non sens" pour le Dr Blanchet : "La proposition de loi telle qu’elle est rédigée pour le moment est trop précise, puisqu’elle demande au médecin de mettre des traitements sédatifs et antalgiques. Et on ne voit pas pourquoi une loi devrait dire à un médecin ce qu’il doit prescrire. Et prescrire des antalgiques… oui, si le patient est douloureux mais on n’a pas besoin d’une loi pour faire son métier de médecin et traiter la douleur s’il y’en a. Donc… la loi elle est générale et nous nous traitons que des cas particuliers."

Face à ces interrogations, certains médecins ont même lancé un appel pour demander une clause de conscience spécifique, qui les autoriserait à ne pas pratiquer de sédation profonde jusqu’au décès. Une mesure que le Conseil national de l'ordre, jusqu'à présent, a jugé "non nécessaire".

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