Tabac : quel coût pour la société ?

Le bilan pour l'année 2015 de l'Observatoire français des drogues (ODFT) sur le coût du tabagisme a de quoi inquiéter. Pour la première fois depuis six ans, les ventes de tabac sont reparties à la hausse. Une mauvaise nouvelle pour la santé des fumeurs mais aussi pour les finances publiques. Les explications avec Maroussia Renard, chroniqueuse spécialisée en économie.

Par La rédaction d'Allodocteurs.fr

Rédigé le March 22, 2016 , mis à jour le March 24, 2016

Les cigarettes coûtent de plus en plus cher aux fumeurs, sept euros le paquet de la marque la plus vendue. Mais les conséquences du tabagisme coûtent aussi de l'argent aux non-fumeurs. Le tabac est la "drogue" qui représente le plus gros budget pour la collectivité, plus que l'alcool, plus que toutes les autres substances illicites.

Selon une étude publiée en décembre 2015, le tabagisme coûte 120 milliards d'euros par an à la société. Après calcul, cela représente pour chaque Français adulte, un impôt annuel indirect de 2.390 euros pour financer les dépenses liées au tabagisme !

La part des dépenses de soins

La prise en charge des patients malades à cause du tabac coûte 25 milliards d'euros par an en hospitalisations, en soins et en médicaments. Et quand on parle cigarette, on pense tout de suite au cancer du poumon. Le tabac est responsable de 85% des cancers du poumon en France mais ce n'est pas ce qui coûte le plus cher à la Sécurité sociale. Le cancer du poumon est une maladie très agressive à laquelle la plupart des patients ne survivent que quelques mois. Les dépenses de santé sont limitées dans le temps.

Le coût le plus important concerne toutes les maladies "chroniques" liées au tabac comme certaines maladies cardiovasculaires (par exemple l'hypertension) ou les maladies respiratoires, au premier rang desquelles la BPCO (broncho-pneumopathie chronique obstructive) qui entraîne une obstruction progressive des voies respiratoires et qui oblige parfois les patients à vivre pendant des années avec une assistance en oxygène.

Des maladies qui conduisent la plupart du temps au décès prématuré des fumeurs. Le chiffre est impressionnant, le tabac est responsable d'un décès sur sept en France. Et si une vie humaine n'a pas de prix, d'un point de vue strictement économique, ces décès ont un coût pour la collectivité. Les économistes de la santé ont établi des modèles mathématiques pour chiffrer la richesse dont la société se prive à cause de ces années de vie perdues. Entre les décès prématurés, la perte de qualité de vie des fumeurs qui tombent malades et les pertes de production que cela entraîne pour les entreprises qui les emploient, le coût est estimé à 105 milliards d'euros par an.

Faut-il augmenter le prix du paquet ?

Le tabac rapporte aussi de l'argent à l'Etat. Le tabac est l'un des produits les plus taxés. Quand vous achetez un paquet de cigarettes, 80% de la somme va directement dans les caisses de l'Etat (le reste est partagé entre le fabricant et le buraliste). Dans la partie "recettes", on peut aussi comptabiliser les économies réalisées sur les retraites qui ne sont pas versées aux fumeurs décédés trop tôt. Cela peut paraître un peu cynique mais c'est un calcul que font les économistes de la santé. Et quand on additionne tout, on arrive à un total de 12 milliards d'euros. Quand on compare aux 25 milliards d'euros de dépenses de santé, on se rend bien compte que le tabac coûte beaucoup plus cher à la collectivité qu'il ne rapporte.

Pour dégager des économies, la seule solution reste d'inciter les fumeurs à arrêter. Mais là encore, c'est aussi une question d'argent. Que ce soit les médecins spécialistes du tabagisme, l'Organisation mondiale de la santé ou encore la Cour des Comptes… tout le monde s'accorde à dire que la mesure la plus efficace pour faire diminuer la consommation de tabac consiste à augmenter le prix régulièrement et sensiblement. On estime qu'une augmentation de 10% du prix du paquet entraîne une diminution des ventes de 4%. On parle d'effet "ciseaux". Cette équation est valable pour l'ensemble des pays riches et s'applique parfaitement à la France. Dans notre pays, la baisse la plus importante des ventes de cigarettes a eu lieu entre 2002 et 2004, une période au cours de laquelle le prix du paquet a augmenté de près de 40% sous le coup de trois hausses successives.

L'influence des lobbies du tabac

Depuis le 1er janvier 2014, il n'y a pas eu d'augmentation du prix du tabac. Qu'attendent les pouvoirs publics pour agir ? Peut-être de se fâcher avec les lobbies… Marisol Touraine a tout de même annoncé il y a quelques semaines à la radio qu'elle était favorable au paquet à 10 euros mais en attendant, le moratoire sur les prix a été prolongé pour 2016.

Le discours officiel est de dire qu'on ne touche pas au prix pour l'instant parce qu'on mise tout sur le paquet neutre, qui va faire son arrivée dans les bureaux de tabac le 20 mai 2016. Il s'agit d'un paquet verdâtre, uniforme, sans logo, sans marque, ni aucun message hormis des photos de tumeurs, loin du glamour du marketing. L'objectif étant de retirer au tabac toute forme d'attractivité.

Le paquet neutre, une mesure efficace ?

Quand on parle du paquet neutre, on prend toujours l'exemple de l'Australie puisque c'est le premier pays au monde à l'avoir adopté en 2012. On dit que le résultat est formidable parce que le paquet neutre a permis de diminuer la consommation… Mais on oublie souvent de dire qu'en même temps que la mise en vente de ce paquet neutre, les Australiens ont augmenté massivement le prix des cigarettes quatre fois de suite. Si bien qu'en Australie, le paquet coûte aujourd'hui 20 dollars, soit 14 euros, le double du prix en France. L'augmentation du prix du paquet est donc sans doute la vraie mesure anti-tabac efficace mais à un an de la présidentielle, l'augmentation du prix du paquet de cigarettes n'est pas la promesse de campagne la plus populaire…

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