Un traitement prometteur contre la leucémie myéloïde aiguë

Un groupe de chercheurs propose un traitement pour tuer les cellules responsables de la tumeur de cette leucémie rare mais grave. 

Par Camilla de Fazio

Rédigé le November 13, 2018 , mis à jour le November 15, 2018

La leucémie myéloïde aiguë est une maladie rare qui touche un individu sur 100 000, qui se soigne par chimiothérapie adaptée au type de leucémie et au stade (parfois suivie d'une greffe de moelle osseuse). Grâce à un traitement intensif, des guérisons et des rémissions longues sont possibles mais les rechutes sont fréquentes. Plus particulièrement chez les patients âgés de plus de 60 ans, la probabilité de guérison se situe entre 5 et 10%.  Dans une étude publiée le 12 novembre dans la revue Cell, une équipe de chercheurs a révélé le talon d’Achille des cellules responsables de la propagation du cancer et a proposé de nouvelles stratégies thérapeutiques pour les éliminer.

Le talon d'Achille des cellules cancéreuse

Chez les patients atteints de leucémie aigüe, la chimiothérapie élimine parfois la plupart des cellules cancéreuses en épargnant les plus dangereuses : les cellules souches leucémiques. Ces dernières sont alors responsables de la croissance et de la propagation du cancer : elles provoquent la progression de la tumeur et après le traitement, puisqu'elles n'ont pas été enlevées, ce sont elles qui donnent lieu aux rechutes. Pendant des années, le défi en oncologie a été de trouver un moyen d'éliminer ces cellules de manière spécifique et sélective. Une bataille menée par le Dr Craig T. Jordan et son groupe de recherche, du Centre de cancérologie de l'Université du Colorado depuis plus de vingt ans. Ils ont finalement découvert le point faible de ces cellules. 

Les cellules souches leucémiques ne ressemblent pas aux autres cellules tumorales. Si les cellules utilisent généralement des sucres ou des lipides comme source d’énergie nécessaire à leur survie, celles-ci utilisent plutôt des acides aminés, les molécules qui composent les protéines. En l'absence d'acides aminés, les cellules saines et les autres cellules tumorales peuvent survivre, contrairement aux cellules souches de la leucémie. La stratégie pour les éliminer peut donc consister à les priver de leur source d'énergie.

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Les premiers essais cliniques sont prometteurs

Les chercheurs ont donc entamé des essais cliniques dont les résultats ont été publiés le 9 novembre dans la revue Nature Medicine. Ils ont traité des patients atteints de leucémie myéloïde aigue avec la combinaison de deux médicaments : une chimiothérapique, l'azacitidine, et une molécule qui bloque le métabolisme des acides aminés, le venetoclax. Le traitement a été testé sur 33 patients âgés de plus de 65 ans n'ayant subi aucun traitement antérieur. Au cours des mois de contrôle, le pourcentage de patients chez lesquels la tumeur a disparu ou diminué a été de 91%. En comparaison, chez les patients traités par d'autres traitements, des améliorations ont été constatées dans 51% des cas.

Les tests sanguins des patients ont confirmé la théorie des chercheurs : cette amélioration est due au fait que les cellules souches de la tumeur meurent privées de leur source d’énergie. Après une semaine de traitement, ils ont observé une forte réduction de cellules souches leucémiques, alors que les cellules sanguines saines n'avaient pas été attaquées par les médicaments. " C'est la première fois qu'une thérapie peut éradiquer les cellules souches leucémiques chez les patients en perturbant le métabolisme énergétique de ces cellules ", écrivent les chercheurs.

En cas de rechute, le traitement est moins efficace

La combinaison de médicaments est efficace selon les premiers tests cliniques, si elle est utilisée comme premier traitement. En cas de récidive, le venetoclax ne réduit pas le nombre de cellules souches leucémiques. Selon les chercheurs, après les premiers traitements, les cellules tumorales développent de nouvelles stratégies de survie. En l'absence d'acides aminés, ces cellules, au lieu de mourir, peuvent utiliser d'autres molécules, notamment les graisses, pour produire de l'énergie. La prochaine étape consistera donc à trouver un moyen d'éliminer également les cellules souches en intervenant dans le métabolisme des lipides.

L'approche thérapeutique proposée dans ces études peut également s'avérer utile dans le traitement d'autres types de cancer, car les cancers du sein, du foie et du pancréas ont également un métabolisme similaire à celui des cellules souches leucémiques.

Par Camilla de Fazio

 

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