Schizophrénie : trois infos indispensables pour comprendre

A l’occasion des Journées de la schizophrénie, Allodocteurs.fr fait le point sur la maladie avec la psychiatre Astrid Chevance.

Par Maud Le Rest

Rédigé le March 18, 2019 , mis à jour le March 20, 2019

La schizophrénie est une maladie psychiatrique complexe classée par l’OMS dans les 10 pathologies entraînant le plus d’invalidité. On estime que 1% de la population en souffre en France, et que 30% des malades ne sont pas suivis. Les explications de la Dre Astrid Chevance, psychiatre.

Quels sont les symptômes de la schizophrénie ?
"Il existe trois types de symptômes. Ceux dits positifs tout d’abord, comme les hallucinations, les voix méchantes, humiliantes. Ils génèrent énormément d’angoisse, ainsi qu’une incapacité de différencier les stimuli internes et externes" explique la Dre Astrid Chevance. Qui poursuit : "Les symptômes dits négatifs, ensuite, comme le repli sur soi et l’isolement. C’est ce qu’on appelle l’émoussement affectif. La désorganisation, enfin. On constate une absence de congruence entre les émotions, les pensées et les comportements. Ce sont les symptômes les plus durs à comprendre, et c’est ce qui crée le handicap au quotidien."

Quels signes doivent alerter l'entourage ?

"On peut dépister la maladie lors d’entretiens cliniques. Par exemple, si l’adolescent s’isole de plus en plus, développe une indifférence au monde qui l’entoure, adopte un comportement bizarre… Ca peut valoir le coup d’aller chez le psychiatre. Il faut savoir que plus on diagnostique le trouble tôt, mieux on peut le traiter grâce à un suivi régulier" indique la Dre Chevance.

En effet, on estime que 15 à 20% des schizophrénies débutantes évoluent favorablement lorsqu’elles sont prises en charge rapidement. "Les symptômes dits "positifs" [comme les hallucinations, ndlr] arrivent généralement vers 20 ans. Les autres peuvent être présents dès l’adolescence" précise Astrid Chevance.

Peut-on soigner la schizophrénie ?

"C’est une maladie chronique : le patient doit prendre des antipsychotiques pour éviter des rechutes", note la psychiatre. Introduits en 1952, les antipsychotiques, ou neuroleptiques, ont révolutionné le traitement de la schizophrénie. Auparavant, seuls la camisole de force et les barbituriques étaient utilisés. A noter que ces antipsychotiques ne guérissent pas les troubles schizophréniques : ils permettent uniquement d'en traiter les symptômes. Ils servent notamment à éviter la décompensation du patient, qui peut se manifester par des bouffées délirantes.

"S'il est stabilisé, le reste du temps, le patient va plutôt bien" développe la Dre Chevance. La psychiatre ajoute que le rétablissement du lien social, auquel peuvent participer la famille et le secteur médico-social, fait également partie intégrante du traitement. "Quand la personne est bien insérée, cela lui évite de décompenser. Beaucoup de patients ont des relations affectives normales, certains ont même des enfants !" affirme la psychiatre.

Il existe aujourd'hui des thérapies comportementales et cognitives (TCC) qui permettent au patient de mieux comprendre ses symptômes et de développer des stratégies pour se reconstruire. Les groupes de parole basés sur les TCC cherchent ainsi à restaurer une dynamique sociale par des jeux de rôle et à redonner de l'autonomie.

L'entourage peut-il aider le patient ?

La Dre Chevance met en garde : "C’est une maladie particulière, car elle touche aux émotions, aux perceptions. Elle a un impact sur l’interface social, ce qui est très déstabilisant pour les proches." Malgré ces difficultés, il est essentiel de déculpabiliser le malade. "Il n'est pas déviant", rappelle la psychiatre. Les familles peuvent également suivre des formations aux troubles psychiques pour réussir à dépister les signes précoces de rechute.

Certaines demandent d'ailleurs à ce que le terme même de "schizophrène" soit remplacé par une autre expression. C'est notamment ce qui est fait au Japon depuis 2002, où on parle de "troubles de l’intégration". Pour cette raison, à l’occasion des Journées de la schizophrénie, la Fondation Pierre Deniker a commandé une étude sur l’utilisation de ce mot sur les réseaux sociaux. "Ce qui en ressort, c’est qu’il est très utilisé par les particuliers pour disqualifier un discours ou une personne. Il est également employé dans le discours culturel, par des critiques d’art par exemple, qui évoquent l’incohérence d’une œuvre pour souligner le génie d’un artiste. Hors de la sphère médicale donc, le mot schizophrénie est souvent mal compris et parfois utilisé comme une insulte", résume la Dre Chevance.

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