Diapason, une application pour traiter les acouphènes

La start-up française Immersive Therapy a présenté cette semaine à Las Vegas une application destinée à améliorer la détection et la prise en charge des acouphènes. 

Par Anouk Helft

Rédigé le 12 janvier 2018 , mis à jour le 15 janvier 2018

Un adulte français sur quatre, soit environ 16 millions de personnes, souffre d'acouphènes selon un sondage Ipsos réalisé en 2014. Plus inquiétant encore : en 2015, l'Organisation mondiale de la santé (OMS) soulignait que le risque de déficience auditive ou d'acouphènes concerne 1,1 milliard de personnes dans le monde en raison de l'utilisation dangereuse de dispositifs audio personnels. 

Pour rappel, un acouphène correspond à un dysfonctionnement du système nerveux auditif. Une personne touchée par des acouphènes entend ainsi des sons parasites, qui ne proviennent pas de son environnement et s'apparentent parfois à des bourdonnements. Cependant, à ce jour, aucune solution n'existe réellement pour les faire disparaître.

C'est à ce problème que les fondateurs de la start-up Immersive Therapy entendent s'attaquer. Cette semaine, ils ont présenté l'application "Diapason" au Consumer Electronic Show (CES) de Las Vegas. Née sur le campus de l'école d'ingénieurs Centrale Supélec, la start-up rennaise s'appuie notamment sur les travaux du professeur Catherine de Waele, spécialiste en oto-neurologie exerçant à l'hôpital de la Pitié-Salpêtrière. 

Diagnostiquer et soigner de manière ludique 

L'application fonctionne en deux temps. Tout d'abord, elle permet une évaluation de son audition et une détection de l'acouphène. Puis, elle propose une thérapie sonore sur plusieurs mois. Tout comme le diagnostic, la thérapie repose sur des petits jeux, tels que des tetris ou des labyrinthes. "A mon sens, le perfectionnement des outils numériques doit permettre de proposer de nouvelles solutions thérapeutiques aux patients en général" commente Lilian Delaveau, étudiant à Supélec et co-fondateur d'Immersive Therapy. Le traitement consiste à écouter tous les jours et sur quelques mois des sons "plus ou moins agréables" afin de combler les "trous" de fréquences créés par l'acouphène. Si l'audiogramme est gratuit, la partie thérapeutique est pour sa part payante. En effet, pour 3 à 4 mois de traitement, il faut compter 50 euros. 

Mais, quelle base scientifique pour l'application ? "Les méthodes proposées sont issues de la recherche scientifique de ces quinze dernières années" répond l'étudiant en école d'ingénieur. "Ce n'est pas une solution miracle, juste une amélioration de thérapies par le son qui ont déjà fait leurs preuves" poursuit-il. Afin de concevoir Diapason, les fondateurs ont d'ailleurs travaillé avec Catherine de Waele, oto-neurologue. "Catherine de Waele travaille depuis plusieurs années sur les thérapies sonores et nous a apporté les connaissances nécessaires sur le plan physiologique" commente Lilian Delaveau. Les méthodes utilisées reprennent ainsi des éléments des thérapies cognitivo-comportementales et de la Tinnitus Retraining Therapy, un traitement d'habituation aux acouphènes. 

Selon Lilian Delaveau, Diapason comprend également un versant plus "psychologique". "Un acouphène impose une douleur sur laquelle on n'a aucune emprise" détaille-t-il. "Pour permettre au patient de gérer cela correctement, il faut donc aussi l'accompagner dans un travail sur ses émotions et son ressenti."

Un outil "au service des patients et des professionnels"

Attention cependant à ceux qui penseraient qu'utiliser Diapason dispense d'une consultation. "Nous n'aspirons pas à remplacer un ORL ou un autre professionnel de la santé" affirme Lilian Delaveau. Pour les penseurs de l'application, l'application ne doit "surtout pas venir court-circuiter" le parcours patient usuel.

"Un acouphène est le symptôme d'une maladie sous-jacente" rappelle Lilian Delaveau. "Ainsi, comme pour toute maladie, le premier réflexe doit être d'aller chez le médecin. Diapason vient dans un second temps et est seulement un outil au service des patients et des professionnels" conclut-il. 

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