Vivre à côté d'un aéroport augmente le risque de maladies cardiovasculaires

Ah, le doux bruit des moteurs d'avions... En étudiant les heures d'admissions et le lieu de résidence des patients traités pour des maladies cardiovasculaires, dans des hôpitaux américains et britanniques, deux équipes de recherche indépendantes démontrent l'impact négatif du trafic aérien sur la santé du voisinage immédiat. Les deux études ont fait l'objet d'une publication dans le British Medical Journal, le 8 octobre 2013.

Par Florian Gouthière

Rédigé le October 10, 2013 , mis à jour le October 10, 2013

Les effets de l'exposition à la pollution générée par le trafic des aéroports sur la santé des habitants des communes voisines sont aujourd'hui bien documentés. Mais depuis plusieurs années, des chercheurs s'interrogent sur le rôle spécifique de la pollution sonore dans la survenue de certaines pathologies.

Plus de pathologies cardiaques et d'AVC à proximité des aéroports

En établissant des comparaisons entre les riverains des aéroports et des populations exposées à des concentrations de particules polluantes sensiblement égales, plusieurs études ont déjà mis en évidence un accroissement sensible du risque d'hypertension artérielle chez les membres du premier groupe.

Deux études basées sur un protocole similaire, publiées simultanément le 8 octobre 2013, dans le British Medical Journal, démontrent que les risques de pathologies cardiaques et d'accidents vasculaires cérébraux (AVC) sont eux aussi supérieurs, à proximité des aéroports, à ceux établis pour des populations exposées aux mêmes types de polluants chimiques.

Les travaux de l'équipe originaire du Royaume-Uni portent sur une population de 3,6 millions d'individus, résidant à proximité de l'aéroport de London Heathrow (l'un des plus fréquentés au monde). Les chercheurs ont constaté une corrélation forte entre la proportion d'admission pour des accidents vasculaires cérébraux, des maladies coronariennes et des maladies cardiovasculaires et la distance séparant l'aéroport du lieu de résidence des malades. Cette corrélation est également manifeste en terme de mortalité associée.

De nombreux facteurs pouvant avoir une incidence sur les résultats, tels que l'âge, le sexe, l'ethnie, la misère sociale, le tabagisme et le bruit de la circulation routière ont cependant été pris en compte dans cette étude (1).

La pollution sonore en cause ?

Une étude des heures d'admission des patients n'a cependant pas permis de déterminer si la fréquence réduite, la nuit, du passage des avions, influait significativement sur les hospitalisations, et dans quelle mesure l'apparition des pathologies pouvait être spécifiquement associée à la perturbation du sommeil ou à l'exposition intermittente à une intensité sonore élevée.

Le second article du British Medical Journal présente l'analyse, pour l'année 2009, du dossier médical de six millions d'assurés sociaux nord-américains âgés de plus de 65 ans et résidant à proximité de 89 aéroports.

Les auteurs de l'article ont constaté que les individus exposés à des niveaux sonores élevés (plus de 55 dB) avaient une probabilité accrue de 3,5% d'être hospitalisés pour des maladies cardiovasculaires, comparés au reste de la population. Après prise en compte des facteurs socio-économiques, démographiques, de la pollution atmosphérique ou de la proximité avec les aires de circulation routière, les chercheurs ont pu estimer que 2,3% des hospitalisations pour maladies cardio-vasculaires chez les personnes âgées vivant à proximité des aéroports étaient imputables au bruit des avions.

(1) Prudents, les chercheurs n'excluent cependant pas, dans leur publication, que pollution sonore et pathologies cardiaques puissent être non pas la conséquence l'une de l’autre, mais l'effet conjoint d'une "autre cause" qui resterait à identifier.

Sources :
- Aircraft noise and cardiovascular disease near Heathrow airport in London: small area study P. Elliott et al. BMJ 2013; doi:10.1136/bmj.f5432
- Residential exposure to aircraft noise and hospital admissions for cardiovascular diseases: multi-airport retrospective study F. Dominici et al. BMJ 2013; doi:10.1136/bmj.f5561

 

En savoir plus

Sur Allodocteurs.fr :

Sponsorisé par Ligatus