La pauvreté, un facteur de risque cardiovasculaire ?

On connaît l'hypertension, le diabète, le cholestérol, le tabagisme... mais les inégalités sociales sont-elles aussi un facteur de risque cardio-vasculaire ? Les réponses du Dr Laurent Uzan, cardiologue médecin du sport. 

Par la rédaction d'Allodocteurs.fr

Rédigé le January 21, 2019 , mis à jour le January 23, 2019

Si les inégalités sociales peuvent être un frein dans l'accès aux soins - certaines personnes retardent la prise en charge d'un problème médical en raison des contraintes financières qui en découlent - on se pose rarement la question des conséquences directes du statut social sur le risque d'atteinte cardiaque.

Il existe quatre critères définissant le statut socio-économique : le niveau de revenus, le niveau de scolarité, la situation d'emploi et les facteurs environnementaux.

Le niveau de revenus

Le niveau de revenus impacte notre survie par exemple après un infarctus. La prise en charge et les facteurs de risque ne sont pas les seuls éléments à prendre en compte. Une étude à grande échelle réalisée aux États-Unis a montré que les personnes à faibles revenus avaient plus de risque de faire une attaque cardiaque ou une mort subite. Encore plus parlant, dans un même quartier, il a été prouvé que pour chaque 10.000 dollars de revenus supplémentaires, le risque de décès après un infarctus diminuait de 10%.

Autre exemple : la réadaptation cardiaque (fait de se ré-entraîner à l'effort après un accident cardiaque). Cette réadaptation est remboursée par la Sécurité sociale avec un reste à charge zéro pour le patient. Ce traitement qui sauve des vies devrait être réalisé de la même manière, quel que soit le niveau de revenus. Mais là encore, la différence est significative.

Le niveau de scolarité

Il existe une relation inverse entre le niveau de scolarité et l'apparition de maladies cardiaques. Une étude réalisée sur près de 100.000 personnes a montré que les personnes qui arrêtaient leur cursus scolaire tôt avaient 25% de risque supplémentaire de développer une maladie cardiaque comparé à celles qui avaient été jusqu'à l'université. Par ailleurs, les facteurs de risque cardiaques sont aussi plus fréquents dans cette population. 

La situation d'emploi

Le chômage est lui aussi associé à un risque cardiaque plus élevé. A l'intérieur d'une population sans maladie cardiaque, suivie plusieurs années, les chercheurs ont mis en évidence une augmentation de 20% du risque de faire un accident cardiaque chez les chômeurs.

Une étude française réalisée sur une population aux revenus élevés a montré elle aussi que la survenue du chômage était associée à un risque plus important d'accident cardiaque ou de décès. A contrario, les retraités ne présentaient pas ce sur-risque. C'est donc la perte d'emploi elle-même qui déclencherait les effets nuisibles du chômage. Un raccourci frappant serait de dire que "tuer des emplois, c'est tuer des gens", au sens propre comme au figuré.

Les facteurs environnementaux

L'endroit où l'on vit impacte aussi notre santé. Et c'est un facteur où seuls les pouvoirs publics ou les associations peuvent avoir un impact. Le médecin va soigner votre maladie, va essayer de prendre en charge vos facteurs de risque, mais l'environnement est plus compliqué à gérer. Résider dans un quartier défavorisé est associé à une plus grande survenue de maladie des artères, du coeur, même après avoir tenu compte des revenus, du niveau de scolarité et de la situation d'emploi. 

Plusieurs facteurs l'expliquent : la présence de parcs récréatifs par exemple, l'accessibilité aux transports, la disponibilité et le coût de nourritures saines, le stress lié à la criminalité, etc. On y trouve moins de supermarchés mais plus de "fast-food" dans les quartiers défavorisés, ce qui limite l'accès à des fruits et légumes frais. L'amélioration de l'offre alimentaire dans un quartier est associée à une baisse du taux de cholestérol à l'intérieur des artères.

Tous acteurs de la prévention

Chacun à son niveau peut jouer un rôle dans la prévention. A grands pouvoirs, grandes responsabilités. Les médias doivent relayer les messages de prévention qui impactent la vie des gens. Les pouvoirs publics doivent faire le nécessaire pour re-dynamiser les quartiers en déshérence. Et à une échelle plus locale, les associations ne doivent pas avoir peur de s'attaquer à ces problématiques de l'accès à l'activité physique par exemple ou l'alimentation.

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