Prédire la sortie du coma : une nouvelle technique prometteuse

D’après une étude scientifique européenne, une nouvelle technique d’imagerie cérébrale permettrait de prédire de manière plus précise l’évolution de la situation de patients dans le coma.

Par la rédaction d'Allodocteurs.fr, avec AFP

Rédigé le 9 mars 2018 , mis à jour le 9 avril 2018

Arrêter ou poursuivre les soins quand une personne est dans le coma : cette question éthique, au coeur de situations déchirantes, fait souvent la une de l’actualité. Face à ces malades, les médecins manquent d’éléments scientifiques tangibles pour estimer les chances d’un malade de se réveiller, et se prononcer sur son état après le réveil.

Evaluer l’état des connexions neuronales dans la substance blanche

Une technique prometteuse est testée par des chercheurs avec l'espoir, à terme, d'éviter les cas de conscience douloureux. Publiée fin février dans la revue Lancet Neurology, l'étude concerne une forme précise de coma : celle qui suit un arrêt cardiaque, arrêt qui a la caractéristique de faire souffrir l'enesemble du cerveau. Elle a porté sur environ 200 patients adultes dans le coma depuis plus de sept jours pour cette raison, et a été menée dans 14 centres en France, en Italie et en Belgique.

Les chercheurs ont utilisé une technique particulière d'IRM pour évaluer l’état de la matière banche, cette partie du cerveau qui contient les connexions neuronales. "Ces connexions sont les routes de l’information du cerveau", a expliqué à Allodocteurs.fr le Pr Steven Laureys, du Coma Science Group de Liège (Belgique), co-auteur de l’étude. "Nous avons fait, grâce à l’IRM, une cartographie de la substance blanche. La machine a pris des photos pour voir si les connexions neuronales étaient absentes ou encore  présentes." Pour étudier l’état de ces connexions, les chercheurs se sont intéressés au comportement des molécules d’eau le long de l’axone (le prolongement du corps neuronal). "Lorsque la communication est normale, les molécules d’eau allaient toutes dans le même sens le long de l‘axone. Sinon, leurs mouvements étaient désorganisés."

En mesurant le degré de désorganisation de ce mouvement, les chercheurs ont fixé des seuils permettant de réduire l’incertitude concernant l’évolution des patients. "En médecine, il n’y a pas de certitude, rappelle le Pr Laureys. Mais nos résultats sont excellents et, grâce à ces nouveaux critères, nous  pouvons prédire avec une grande fiabilité quels patients mourront ou resteront dans un état végétatif. Et lequels survivront, mais avec peut-être un handicap dont nous ne connaissons pas forcément l’intensité. ». En  clair, si grâce à cette technique les scientifiques disposent d’informations dont ils ne disposaient pas auparavant, il restera impossible pour eux de garantir aux familles que leur proche redeviendra "comme avant" au sortir du coma.

Un outil "pédagogique" pour les familles

"Dans certains pays, on arrête très vite les traitements, dans d'autres on les poursuit longtemps. Ça dépend beaucoup des opinions. Le but, c'est de sortir de la culture de l'opinion pour se baser sur des preuves solides",  a expliqué à l'AFP le professeur Puybasset, de l'hôpital Pitié Salpêtrière (Assistance publique - Hôpitaux de Paris), qui a piloté l'étude. Cela permettrait selon lui d'être "très pédagogique pour les familles", alors que les controverses éthiques autour de l'arrêt des soins de patients plongés dans le coma reviennent régulièrement dans l'actualité. "Plus les mesures sont fiables, plus la confiance est là", estime-t-il. Si l'étude publiée porte uniquement sur les comas après un arrêt cardiaque, les chercheurs ont étendu l'application de cette technique aux traumatismes crâniens. Leurs résultats devraient aussi, à terme, être utilisables dans les comas dus aux AVC, avec des seuils qui varient selon les pathologies.

"Cette technique est supérieure à tous les autres tests utilisés à ce jour, a commenté l'AP-HP dans un communiqué publié jeudi 8 mars 2018, en soulignant que ces résultats demandent maintenant "à être confirmés par des essais à grande échelle". 

 

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