Montre-moi tes dents, je te dirai quel métier tu fais !

Les dents en disent beaucoup sur l'état de santé général. Et en regardant les dents de quelqu'un de près, on peut même apprendre certaines choses sur son métier !

Par Marie Anton, dentiste

Rédigé le May 26, 2020 , mis à jour le May 31, 2020

En regardant attentivement les dents de quelqu’un, on peut apprendre beaucoup de choses sur lui et notamment sur son métier. Les dents de cet homme par exemple sont certes très abimées, mais en regardant plus précisément, elles le sont toutes de la même façon : il y a une même usure dentaire caractéristique sur les dents de devant. Elle est due à des objets que cet homme coince entre ses dents. 

Il est tapissier et les usures sont produites par les clous qu’il coince entre ses dents. C’est une habitude que les tapissiers ont souvent pour avoir une réserve de clous à portée de main. Au bout de quelques temps, avec ce genre de pratiques, le métal finit par gagner. 
Dans ce cas on comprend bien pourquoi le tissu dentaire s’est abîmé. Il est donc préférable d’éviter cela même si on est un peu moins productif. 

L’émail peut-il s’abimer spontanément ? 

Quand une personne utilise un marteau-piqueur à longueur de journée, ou qu’elle conduit un gros engin, tout le corps subit des vibrations... et les dents ne font pas exception ! Elles claquent et frottent les unes contre les autres. Au bout de quelques années, des facettes d’abrasion peuvent apparaitre sur les surfaces masticatoires des dents.


L’émail peut aussi être abimé par l’inhalation de particules comme des solvants, des acides ou des poussières de ciment. C’est ce qui se passe chez les plombiers, les ouvriers du bâtiment et les salariés des usines qui sont au contact de ces produits. 

La carie pourrait être une maladie d’origine professionnelle

C’est le cas pour les boulanger-pâtissiers. En goûtant plusieurs fois par jour leurs préparations, en inhalant en permanence des vapeurs de sucre ou de farine, ils sont constamment exposés au sucre. C’est comme s’ils grignotaient en permanence. Leur bouche devient très acide et ils ont donc un risque accru de carie qui a d’ailleurs une localisation particulière. La carie du boulanger se situe au niveau au collet des dents, c’est-à-dire près de la gencive et sur les dents antérieures.  

Il faut prévenir le problème avec des mesures simples mais qu’il faut mettre très vite en place car la carie du boulanger peut apparaître dès un an ou deux ans d’exercice. Il faut se laver les dents trois fois par jours... plus une fois après le travail et consulter régulièrement son dentiste. 

Les gencives peuvent-elles aussi être malmenées par le métier exercé ? 

Le tapissier n’abime pas que ses dents avec ses clous, les tissus de soutien de la dent : la gencive et l’os trinquent aussi.

Il y a des métiers qui les mettent particulièrement en danger comme les musiciens qui jouent d’un instrument à vent. Pour produire un son, le trompettiste fait subir à ses lèvres et ses incisives de devant des pressions et des vibrations extrêmement fortes. Normalement, pour que l’os et les gencives soient en bonne santé, les forces qui s’appliquent sur elles doivent être équilibrées. Les lèvres poussent dans un sens et la langue dans l’autre. Quand il joue, cet équilibre est rompu.
Les pressions sont plus intenses du côté des lèvres que de l’autre. A force, l’os risque de se résorber. Ce qui peut provoquer un déchaussement des dents

Les professionnels de l’aviation sont-ils plus sujets aux douleurs dentaires ? 

Cela a été décrit d’abord chez les militaires mais on le retrouve aussi dans l’aviation civile. Les variations de pression révèlent des pathologies dentaires préexistantes. On ne connait pas le mécanisme exact qui conduit à ces douleurs. Ce qui a été remarqué, c’est que les douleurs pendant la montée, donc lors de la dépression, révèlent une inflammation du nerf irrité par une carie : la pulpite. Les douleurs à la descente, lors de la recompression, révéleraient, elles, des dents mortes c’est-à-dire celles dont le nerf est nécrosé mais qui n’ont jamais été traitées. 

Moralité : il faut aussi intégrer les risques spécifiques du métier que l’on exerce en matière d’hygiène et de soins dentaires !