L'IVG, un droit, un choix, une liberté

En cette journée mondiale de l'avortement, une femme sur trois aurait recours à l'Interruption Volontaire de Grossesse (IVG) au cours de sa vie. Le sujet reste pourtant toujours un tabou. Quelles sont les différentes méthodes et dans quels délais ? Pourquoi ce droit est-il menacé 45 ans après la loi Veil ?

Par la rédaction d'Allodocteurs.fr

Rédigé le March 30, 2009 , mis à jour le September 22, 2020

Sommaire

Comment se passe une IVG ?

Michel Cymes et Marina Carrère d'Encausse expliquent l'IVG.

Quarante-cinq ans après sa légalisation en France par la loi Veil (promulguée en 1975), l'Interruption Volontaire de Grossesse (IVG) reste un sujet tabou.

En France, 224.230 interruptions volontaires de grossesse ont été réalisées en 2018, dont 209 500 en métropole. Un nombre qui diminue légèrement depuis 2013 mais qui remonte depuis 2016 (source : INED). Une femme sur trois avorte au moins une fois dans sa vie. Pourtant, pour certaines femmes, le recours à cette intervention médicale comporte de nombreux obstacles.

C'est dans la trompe de Fallope qu'a lieu la fécondation. Un spermatozoïde rencontre un ovocyte. Le noyau de l'ovocyte et celui du spermatozoïde fusionnent et forment la première cellule du futur embryon : l'oeuf. Cette cellule va se diviser. Entre la troisième heure et le quatrième jour, tout en continuant de se diviser, l'embryon se déplace vers la cavité utérine. Son "voyage" va durer trois jours.

Au terme de sa migration, l'embryon arrive dans l'utérus. La muqueuse utérine s'est épaissie et les vaisseaux sanguins qui la parcourent se sont développés de manière considérable : elle est donc particulièrement "accueillante" pour l'embryon. Sept jours après la fécondation, il pénètre entièrement dans la muqueuse utérine : c'est ce qu'on appelle la nidation. L'embryon, nourri par la mère, peut continuer son développement.

Pour interrompre la grossesse en cours, il faut séparer l'embryon de la muqueuse et l'extraire de l'utérus. Il existe deux méthodes pour avorter. Le choix dépend des attentes des femmes et du terme de la grossesse. La première méthode est chirurgicale (voir paragraphe suivant. Elle est possible jusqu'à la douzième semaine de grossesse, soit 14 semaines après le début des règles. Le contenu de l'utérus est aspiré sous anesthésie locale ou générale. La deuxième méthode est médicamenteuse et peut être réalisée jusqu'à la cinquième semaine de grossesse sans hospitalisation (7 semaines depuis le début des règles) et elle reste possible jusqu'à la septième semaine de grossesse (9 semaines depuis le début des règles) dans le cadre d'une hospitalisation. La méthode médicamenteuse consiste à prendre deux comprimés à 24 ou 48 heures d'intervalle. Au préalable, deux consultations sont nécessaires, l'une auprès du médecin choisi par le patient, puis la seconde auprès du médecin ou de la sage-femme qui réalise l'IVG.

Aspects financiers et légaux

L'IVG est intégralement remboursée depuis janvier 2013 par l'Assurance Maladie, de même que l'ensemble des examens liés à l'IVG. Les mineures n'ont pas besoin d'une autorisation parentale pour bénéficier d'une IVG. Elles doivent toutefois être accompagnées par un adulte, qui peut être extérieur à la famille.

L'IVG médicamenteuse

Qu'est-ce que l'IVG médicamenteuse ?

Aujourd'hui, les femmes peuvent se faire avorter de façon médicamenteuse, jusqu'à la fin de la cinquième semaine de grossesse dans un cabinet de ville ou centre de plannification, ou sept semaines de grossesse dans un établissement de santé, peuvent avoir recours à la méthode médicamenteuse sans hospitalisation.

L'IVG médicamenteuse consiste à prendre une pilule dite "abortive" connue sous le nom de mifépristone. Cette molécule agit sur les récepteurs de l'hormone de la grossesse, la progestérone, et bloque son effet. Ceci a pour effet d'interrompre la grossesse.

Il faut de plus prendre, 36 à 48 heures plus tard, un deuxième comprimé à base de prostaglandine, le misoprostol ou le géméprost, qui va d'abord dilater le col et déclencher les contractions pour évacuer l'oeuf, comme lors d'une fausse couche. Les saignements peuvent durer une dizaine de jours et les douleurs peuvent être soulagées par un antalgique ou un antispasmodique.

A nouveau, cette méthode n'est possible que pour les grossesses de moins de cinq semaines (soit sept semaines d'aménorrhée, autrement dit d'absence de règles), ou s'il est pratiqué dans un établissement de santé, et non à domicile, il s'étend à sept semaines de grossesse, soit neuf semaines d'aménorrhée.

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L'IVG par aspiration

Qu'est-ce que l'IVG chirurgicale ?

L'IVG chirurgicale est possible en France jusqu'à la douzième semaine de grossesse (quatorzième semaine après le début des règles). Elle consiste à aspirer le contenu de l'utérus au moyen de sondes creuses branchées sur un appareil.

C'est une intervention qui peut se dérouler sous anesthésie générale de quelques minutes ou sous anesthésie locale. Un traitement complémentaire est prescrit sur quelques jours après l'opération, afin d'éviter la formation de caillot sanguin et d'évacuer ceux qui se seraient formés.

Deux consultations sont nécessaires : l'une auprès du médecin de son choix pour être informée, l'autre auprès du médecin réalisant l'IVG. Une consultation psycho-sociale est nécessaire pour les mineures.

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Le droit à l'avortement menacé

L'IVG est parfois un véritable parcours du combattant (sujet du 28 octobre 2009)

Si le nombre d'avortements en France est stable, ce n'est pas le cas du nombre des établissements de santé qui l'exercent. En 2010, 571 établissements déclaraient une activité d'IVG en France métropolitaine, contre 588 en 2009. Et c'est le secteur privé qui se désinvestit majoritairement de la pratique, qu'il considère comme peu rentable : la part du public est passée de 65 % en 1995 à 70 % en 2005 pour atteindre 77 % depuis 2008.

Selon le Haut conseil à l'égalité entre les femmes et les hommes, "5% des établissements publics et 48% des établissements privés pratiquant l'IVG ont fermé ces dix dernières années, soit plus de 130 établissements au total". De plus, "37% des gynécologues partiront à la retraite dans les cinq ans". Le Haut conseil déplore "l'absence d'une relève militante".

Conséquence de ce désengagement : les délais s'allongent pour les femmes qui souhaitant avorter.

Les difficultés d'accès à l'IVG dans certains territoires font que parfois, le délai légal de 12 semaines de grossesse (14 semaines d'aménorrhée) est dépassé. Un ultime recours est de se rendre dans un pays où les délais sont supérieurs, notamment aux Pays-Bas, en Espagne ou en Grande-Bretagne. Selon Véronique Séhier, co-directrice du Planning familial interrogée par l'AFP en novembre 2014, ce phénomène peut être estimé à "entre 3.500 et 5.000" femmes chaque année.

Des actions pour défendre le droit à l'IVG

A l'initiative des ministères de la Santé et des Droits de la femme, un site internet institutionnel dédié à l'information à l'avortement (www.ivg.gouv.fr) a été lancé le 28 septembre 2013, en réponse à la croissance du nombre de sites diffusant des informations "mensongères ou orientées" sur le sujet. Comme l'observait à cette époque, le Haut conseil à l'égalité entre les femmes et les hommes les sites anti-avortement à l'apparence "neutre, voire institutionnelle" délivrant une information "fallacieuse" étaient les premiers référencés et les plus visibles sur Internet. Le Haut conseil jugeait "que l'accès à une information de qualité [était] un droit non garanti".

Au mois de janvier 2014, l'Assemblée nationale a adopté en première lecture un article controversé confortant le droit à l'IVG. Dans le texte original, seule une femme enceinte "dans une situation de détresse" pouvait recourir à une interruption volontaire de grossesse. La formule, jugée obsolète, a été supprimée.

IVG, 45 ans après la loi Veil

Entretien avec le Dr Sophie Gaudu, chef de service de la maternité des Bluets (Paris)

Le 26 novembre 2014, à l'occasion du quarantième anniversaire du discours de Simone Veil à l'Assemblée, la ministre des Affaires sociales Marisol Touraine a constaté l'existence, en France, "[d']un discours de culpabilisation, et un risque de recul, de retour en arrière [sur la question de l'IVG]".

"Nous devons être vigilants", a-t-elle poursuivi, dans une interview sur Radio Classique. "Il s'agit de rappeler l'importance de cette loi et de rappeler que le combat pour que les femmes puissent maîtriser leur corps reste un combat d'actualité."

"On le voit aux portes de la France, on entend dans des pays de grande civilisation des responsables dire que le statut des femmes, c'est la maternité", a-t-elle expliqué, en référence notamment à des propos tenus le 24 novembre 2014 par le président turc, Recep Tayyip Erdogan.

"On entend, dans notre pays même, des voix s'élever qui ne s'entendaient pas il y a quelques années", a-t-elle ajouté, rappelant la "manifestation il y a quelques mois avec des milliers de personnes dans la rue contre l'interruption volontaire de grossesse".

"Il y a eu, à l'Assemblée nationale même, des parlementaires qui réclamaient la fin du remboursement de l'IVG. On entend parler « d'IVG de confort ». Tout cela c'est une parole réactionnaire [...] contre les femmes qui se libère", a dit la ministre.

En 2017,  "l'accès à l'IVG n'est pas le même partout en France. Selon l'endroit où vous résidez, il existe encore de grandes inégalités territoriales dans l'accès à l'avortement", confiait Véronique Sehier, coprésidente du plannig familial sur le plateau du Magazine de la santé. Et dans différents pays, comme aux Etats-Unis, où le président Trump affiche clairement ses positions anti-avortement, le droit à l'IVG est menacé...

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