Violences éducatives : « C’est dur d’être parent (...) il faut les former »

L'association StopVEO lance une campagne d'information, en attendant que les fessées et autres punitions soient interdites par la loi.

Par la rédaction d'Allodocteurs.fr

Rédigé le April 15, 2019 , mis à jour le April 16, 2019

Cris, paroles humiliantes, claques… pour certains parents, il s’agit de gestes anodins. Mais ces « violences éducatives ordinaires » peuvent avoir de lourdes conséquences sur la santé et le comportement des enfants. Une campagne est lancée par l’association StopVEO pour sensibiliser les familles. Le dr Gilles Lazimi, coordinateur de cette campagne, a répondu aux questions du Magazine de la santé.

  • « Violences éducatives ordinaires » : de quoi parle-t-on ? 

"Ce sont tous les moyens utilisés par les parents pour faire obéir un enfant qui sont des moyens violents : les claques, les fessées, les hurlements, les pincements… en gros, c’est faire obéir un enfant en lui faisant mal, en lui faisant peur, en l’humiliant ou en le sidérant. Ces méthodes sont néfastes, on le sait aujourd’hui. Elles sont encore recommandées chez les enfants alors qu’elles ne le sont plus chez les adultes. Chez les enfants, on minimise systématiquement, on banalise. Il faut maintenant que l’on change, comme on a pu changer sur les violences envers les adultes, envers les femmes. Il faut réfléchir, se questionner car on sait que cela peut avoir une incidence importante sur le développement de l’enfant."

  • Existe-t-il des études scientifiques sur le sujet ?

"Oui, il y a plein d’études scientifiques. Il y a notamment des études de neurosciences sur le cerveau qui montrent par exemple que le cortex pré-frontal se développe surtout grâce à l’amour, la tendresse, l’affection, l’attachement et le jeu. On sait que s’il n’y a pas ça, ce cortex diminue un petit peu, ainsi que l’hippocampe. Mais c’est quand même incroyable qu’il faille des études pour dire que frapper un enfant, l’être le plus faible, est néfaste !

On a aussi des méta-analyses sur 160.000 enfants aux Etats-Unis qui montrent très clairement quand dans des familles où l’on frappe un enfant par rapport aux familles où on ne les frappe pas, il y a une baisse des résultats scolaires, des difficultés d’apprentissage, des troubles relationnels, des tentatives de suicide, de la délinquance… Alors bien sûr, ça ne touche pas tous les enfants, heureusement, mais ça en touche un certain nombre. Et donc dès l’instant où il n’y a pas d’interdit qui dise « on ne touche pas un enfant », et bien certains parents vont dépasser les bornes. 90% des parents sont bienveillants mais 10% ne le sont pas et on aboutit à un grand nombre de morts d’enfants."

  • Comment poser des limites efficaces sans violence ?

" Un parent, c’est un chef de meute. Il doit décider, mettre le cadre, il doit savoir dire non, il n’est pas question de dire oui à tout. Mais il faut avoir des exigences qui correspondent au niveau de maturation cérébrale de l’enfant. A la naissance, un enfant n’est pas fini, ça n’est pas un animal que l’on dresse. Donc il va falloir du temps. Avant sept ans, un enfant n’est absolument pas en capacité de gérer ses émotions. Il faut aussi aider les parents. Bien sûr avec une loi, symbolique, pédagogique mais aussi avec des actions d’accompagnement dans les crèches, les PMI, avec des maisons des parents… et c’est cela que l’on souhaite faire avec cette campagne de sensibilisation."

  • Quid de la loi sur les violences votées à l'Assemblée nationale ?

"Nous attendons avec impatience que cette loi soit enfin adoptée. C’est un signe fort. Le Secrétaire d’Etat (NDLR : à la Protection de l’enfance), Adrien Taquet, a annoncé que cela allait arriver mais on aimerait bien que cela avance plus vite. Et cette loi doit s’accompagner des mesures destinées à aider les parents. C’est dur d’être parent, on n’a pas appris à l’être et il faut former les parents.

C’est une loi symbolique, pédagogique, il n’y aura pas de sanction. Plus on informe les parents mais aussi la société que les enfants ont un cerveau fragile et que la violence peut avoir une incidence, plus tout le monde se permettra d’intervenir plus facilement au supermarché, à la pharmacie… et puis on arrêtera de râler quand on enfant pleure et fait du bruit dans le train et nous aurons des adultes épanouis, empathiques et non-violents."

Pour se procurer les affiches ou dépliants de cette campagne de sensibilisation aux violences éducatives ordinaires, les professionnels de santé peuvent écrire à  contact@stopveo.org