#MonPostPartum : les suites de l'accouchement sans tabou

Sur les réseaux sociaux, la parole se libère autour des "suites de couche" et les femmes témoignent des douleurs, de l’isolement et des phénomènes physiques tabous dont elles auraient aimé être informées avant d’accoucher.

Crédits Photo : Instagram @illanaweizman

Par La rédaction d'Allodocteurs.fr

Rédigé le February 18, 2020 , mis à jour le February 18, 2020

Porter une couche d'adulte pour absorber le sang qui coule "pendant des jours et des semaines", des contractions qui persistent après les tétées, "l’impossibilité de s’asseoir sans douleurs"… les témoignages de femmes qui racontent les difficultés après l'accouchement se multiplient depuis une semaine sur les réseaux sociaux.

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"Levez la main si vous ne saviez pas que vous changeriez aussi vos propres couches"

Tout commence aux États-Unis, quand la chaîne américaine ABC refuse de diffuser pendant la cérémonie des Oscars une publicité pour des produits dédiés au post-partum. Celle-ci montre une jeune mère fatiguée qui souffre de douleurs physiques directement liées à son accouchement.
 

Ce refus déclenche alors une tempête sur les réseaux sociaux. Le 7 février, l’actrice américaine Busy Phillips relaye la vidéo sur son profil Instagram en s’indignant : "Vous ne bronchez probablement même pas quand une publicité sur la dysfonction érectile est diffusée, mais CETTE PUBLICITÉ EST REJETÉE ! Je pense que c'est une publicité incroyable qui représente fidèlement quelque chose que des millions de femmes connaissent intimement " écrit-elle.

Puis le 11 février, c’est au tour de la mannequin Ashley Graham de s’exprimer, également sur Instagram. Sous une photo d’elle enceinte, elle raconte : "Levez la main si vous ne saviez pas que vous changeriez aussi vos propres couches ! Après toutes ces années passées dans la mode, je n'aurais jamais pu deviner que les sous-vêtements jetables seraient mes vêtements préférés, mais nous y voilà ! Personne ne parle du rétablissement et de la guérison (oui, même des parties difficiles) que vivent les nouvelles mamans. Je voulais vous montrer que ce n'est pas que des arcs-en-ciel et des papillons !"
 

 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 

Raise your hand if you didn’t know you’d be changing your own diapers too????????‍♀️ After all these years in fashion I never could’ve guessed that disposable underwear would be my favorite piece of clothing but here we are! No one talks about the recovery and healing (yes even the messy parts) new moms go through. I wanted to show you guys that it’s not all rainbows and butterflies! It’s been tough, but my friend Chelsea @cmrh and ceo at @fridamom is making waves and starting honest conversations. It’s unbelievable the obstacles we still face talking about what women really go through. All their stuff she sent me has been a life saver.

Une publication partagée par A S H L E Y G R A H A M (@ashleygraham) le

Parler pour lutter contre l'isolement des jeunes mères

La polémique traverse ensuite l’Atlantique et gagne les réseaux sociaux français. Quatre femmes - Illana Weizman, Masha Sacré, Morgane Koresh et Ayla Linares - créent alors le hashtag #MonPostPartum et initient un mouvement en confiant leur propre témoignage.

"Si on parlait davantage de ces sujets, si on ne les invisibilisait pas de façon systématique, les mères se sentiraient moins isolées, moins démunies" commence Illana Weizman, photos d’elle-même portant une couche pour adulte à l'appui.

 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 

En réaction à une publicité rejetée par @abcnews et l’Académie des Oscars qui dépeint honnêtement l’épisode douloureux du post-partum ainsi que la publication d’@ashleygraham qui pointe du doigt le silence autour de cette convalescence, me voici, portant une couche pour adulte, épongeant le sang qui coule pendant des jours et des semaines, le ventre encore gonflé, l’utérus encore étendu, les contractions qui le remettent doucement en place, les jambes bleuies, les points qui tirent, l’impossibilité de s’asseoir sans douleurs, l’urine qui brûle, l’impression d’être passée sous un rouleau compresseur. Si on parlait davantage de ces sujets, si on ne les invisibilisait pas de façon systématique, les mères se sentiraient moins isolées, moins démunies. Préoccupez-vous des mères. Mettez en lumière leur vécu.

Une publication partagée par Illana Weizman (@illanaweizman) le

"Je ne pouvais pas marcher, ni m'assoir, le vagin recousu après 2 semaines de « faux » travail, 12h de travail, 2h de poussée intenses et la ventouse. Le tout, sans péridurale. Le traumatisme aura duré 2 mois. 2 mois où j'en voulais à ma fille de m'avoir fait tant souffrir " raconte encore Ayla Linares.

 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 

C'est la dernière photo de moi enceinte. Enceinte jusqu'au yeux puisque 6h plus tard je ressentirais les premières contractions qui feront naître ma fille. Je n'ai pas de photos de post-partum... j'étais au bout de ma vie. Je regrettais d'avoir fait un enfant. Je ne pouvais pas marcher, ni m'assoir, le vagin recousu après 2 semaines de "faux" travail, 12h de travail, 2h de poussée intenses et la ventouse. Le tout, sans péridurale. Le traumatisme aura duré 2 mois. 2 mois ou j'en voulais à ma fille de m'avoir fait tant souffrir. Et comme si l'accouchement ne se suffisait pas à lui même la mise en place de l'allaitement aura été aussi très douloureuse. On ne le dit pas assez et malgré toutes mes lectures sur le sujet je n'étais pas prête à souffrir autant. J'ai souffert durant ma grossesse, d'être dépossédé de mon corps, de le sentir diminué, j'avais mal partout. J'ai souffert durant l'accouchement. J'ai souffert après. J'ai eu l'impression que ça ne s'arrêterai jamais. 3 mois plus tard je n'ai plus mal, mais mon corps est toujours un étranger qui n'est plus vraiment mien. Je hurle en lisant l'article de @neon_mag qui insinue qu'il faudrait reprendre le plus vite possible une sexualité pour ne pas perdre son couple, parce que franchement, après avoir sorti un rôti de plus de 3kg de sa chatte il faudrait se forcer ? J'ai eu des points de sutur à l'entrée du vagin pendant 1 semaine. J'ai saigné non stop pendant 1 mois et demi. Mon ventre est aussi mou que de la pâte à brioche, je ne dors pas, mes seins passent continuellement du mode gant de toilettes à obus et inversement toute la journée. Je sors à peine la tête de l'eau alors merci mais non merci pour l'instant. Le post-partum c'est souvent moche et douloureux et il est temps de le dire. Merci @mashasexplique et @illanaweizman qui m'ont donné envie de m'exprimer sur le sujet. #postpartum #maternité #la vraievie

Une publication partagée par A. (@ayla_photo) le

 

Masha Sacré, confie quant à elle sur Instagram être "loin d'imaginer qu'après (son) accouchement", elle devrait "éponger (son) sang", qu'elle ne pourrait pas "(s'asseoir) sans pleurer" et qu'elle essuyerait "au moins cinq lymphangites dues à de mauvaises informations sur l'allaitement."

 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 

Je n'ai pas de photo de ma période post partum la tête en vrac avec ma couche pour éponger tout ce sang qui coule, comme si mon corps ne s'était pas assez répandu, comme si je n'avais pas assez donné. Mais j'ai cette photo. Sans tête. Très ronde. Le sein tiré. Je la trouve organique. À cette période là, j'étais enceinte de 8 mois et je me sentais envahie. Cet être en moi avait suffisamment grandi et je n'avais qu'une envie physique irrépressible : celle de le faire sortir pour enfin retrouver mon corps. . J'étais loin d'imaginer qu'après mon accouchement, j'allais devoir éponger mon sang, ne pas pouvoir m'asseoir sans pleurer et essuyer au moins 5 lymphangites dues à de mauvaises informations sur l'allaitement. Pour moi, ça a été une expérience terriblement douloureuse. Je ne voulais voir personne. J'ai laissé de nombreux amis et amies sans réponse pendant des mois. Je voulais juste me terrer dans un lieu où personne ne me trouverait, sans enfant pour malmener mes seins, sans corps pour me rappeler la souffrance, sans mémoire qui me répète mon histoire. . Nos expériences ne doivent pas être invisibilisees. Elles sont uniques. Importantes. Nécessaires. Nous avons un devoir de transmission. La maternité est une belle expérience mais elle peut être aussi cruelle en laissant des marques indélébiles. Crédit photo : @llunicole . #feminist #feminism #pregnancy #chargementale #mumlife #lavraievie

Une publication partagée par Masha ???? (@mashasexplique) le

 

Puis, c'est d'"un corps douloureux qu’on ne reconnaît pas" dont témoigne encore Morgane Koresh, qui raconte avoir enduré un "baby blues", des "larmes", une "solitude", du "doute" et de "la culpabilité". "
"Dire, montrer, partager, c'est reprendre le pouvoir. C'est guérir et c'est aider toutes nos sœurs" écrit-elle encore dans sa publication Instagram.

 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 

???????? Premier mois postpartum: saluez la "zombie mom"! . (???????? English in comment) . . Passé le choc initial d'un corps douloureux et qu'on ne reconnaît pas, on dit bonjour à un manque de sommeil qu'on ne pensait pas possible, au baby blues et aux larmes, à la solitude, au doute, à la culpabilité aussi. Parce qu'il y a de grandes chances que les choses soient beaucoup plus difficiles qu'on ne l'imaginait, parce que l'instinct maternel n'est pas toujours un instinct justement, mais plutôt quelque chose de transmis et que cette transmission ne se fait souvent pas. Le patriarcat nous a coupé de la sororité qui fait notre force, on pense être les seules à ne pas savoir, on se sent perdue et on doit tout apprendre et vite, à un moment si vulnérable, où on tente tant bien que mal de se remettre de l'accouchement. Tout ça souvent sans aide ou alors trop peu et pour un temps bien trop court. On tait nos expériences parce qu'on a presque honte de ne pas avoir su "d'instinct". Alors qu'on a presque toutes une expérience similaire et le savoir nous ferait tellement de bien. L'invisibilisation est si internalisée qu'on y participe toutes. Alors dire, montrer, partager, c'est reprendre le pouvoir. C'est guérir et c'est aider toutes nos sœurs ❤️ . . (merci à @illanaweizman et à son article dans @cheekmagazine, et à mes échanges avec @liseusedebonnaventure , pour avoir inspiré ce texte et ce dessin) . . . . . #postpartum #jeunemaman #teampostpartum #breastfeeding #normalizebreastfeeding #monpostpartum #goddess #womanempowerement #BodyPositive #feministart #artefeminista #feministillustration #feminism #feminisme #feministe #womenwithpencils #venus #feministartist #feministartists #soeurs #sororité #sorority @postpartum_tamere @betterpostpartum

Une publication partagée par Morgane Koresh (@the.yiddish.feminist) le

 

Un message entendu sur Instagram et sur Twitter, où des milliers de femmes racontent leur propre vécu, se confient et se soutiennent.

 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 

COMMENT SURVIVRE AUX 3 PREMIERS MOIS APRES L'ACCOUCHEMENT ? ???? Personne ne te prévient. Ça arrive. Il arrive d'un coup. Tu pensais que l'accouchement allait tout mettre en valeur, puis qu'ensuite tu n'aurais plus qu'à profiter de ton bébé. Tu ne t'étais pas préparé pour ça. Tu n'avais rien lu dessus. Et maintenant tu te trouves avec ton nouveau-né dans les bras. Chez toi, accompagnée par ton partenaire qui n'arrive pas à comprendre ce qui t'arrive. Pourquoi tu pleures aussi souvent ? Pourquoi tu ne veux pas de visites ? Pourquoi tu ne veux pas que quelqu'un touche à ton bébé ? Le post-partum, ce grand oublié. Cette période de la vie où tes hormones seront peut-être à fleur de peau, plus que jamais. Cette période de ta vie au cours de laquelle tu deviendras un puissant mammifère, qui ne pourra pas raisonner, mais seulement sentir. Le post-partum, si dur, si intense et puissant. Tellement primal, animal, sauvage. Cela fera ressortir le meilleur et le pire de toi. Tu n'es plus qui tu étais, tu ne le seras plus jamais. Maintenant tu es une autre, mais tu te sens peut-être perdue dans un corps et un esprit que tu ne connais pas. Parfois, tu veux t'enfuir. D'autres, t'enfermer avec ton bébé. Tu ne sais même pas comment mais les heures passent et tu n'arrives à rien d'autre que nourrir ton bébé. Tu ne sais pas quand, ni comment prendre une douche, ton bébé te réclame toutes les heures... Je ne mentionne même pas la maison, les vêtements, les achats, les visites. ET COMMENT SURVIVRE ? TU TE LE DEMANDES... Suite en commentaire ⬇⬇⬇

Une publication partagée par - La beauté de naître - (@naissance_mere_veilleuse) le