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Le blog du Dr Tourmente

Zoom sur l'infidélité féminine

Rédigé le 21/06/2019 / 0

L'IFOP vient de publier une étude sur l'infidélité féminine*. Elle met en lumière sa probable augmentation, les raisons de l'adultère mais aussi une perception plus sévère en comparaison avec l'infidélité masculine... 

Entre la maman et la putain, les femmes ont-elles gagné un espace de liberté en 2019 ? Pas vraiment, si l'on en croît Virginie Girod, docteure en histoire et spécialisée dans l'histoire des femmes et de la sexualité. Les femmes ont très souvent été l'objet de la domination masculine (hormis lors de l'Egypte ancienne et depuis l'avènement de la pilule pour le sexologue Philippe Brenot). Pour Virginie Girdot, lorsque les sociétés se sont sédentarisées, elles devinrent patriarcales ; les hommes souhaitant la certitude d'être le père de leur progéniture afin de leur transmettre leurs biens, ils créèrent deux catégories de femmes, la maman et la putain. La première est une madone adulée et reléguée aux tâches ménagères (au missionnaire et à une sexualité routinière et respectable) ; la seconde est une putain, avec qui l'homme s'amuse sexuellement : elle paie sa liberté sexuelle par un jugement très sévère de la part de la société... De nombreuses femmes ont transgressé ces règles et sont restées dans la postérité pour leur indépendance sulfureuse et leur féminisme avant l'heure : Cléopâtre, la reine Margot, Montespan, la Pompadour, Joséphine...

L'infidélité féminine en chiffres

A l'heure des sites et applis de rencontre, les rencontres sexuelles et amoureuses sont bouleversées par de nouvelles règles. Si ces sites compliquent parfois les relations sentimentales, ils font toutefois bouger les lignes au profit de la liberté sexuelle des femmes ; le comportement des femmes s'approche de plus en plus de celui des hommes. L'adultère qui est plus fréquent et/ou reconnu plus facilement en est une des facettes de cette forme d'égalité. 

L'étude de l'IFOP pour Gleeden porte sur 5026 femmes, âgées de plus de 18 ans, et elle permet de comparer les résultats à ceux des sondages précédents. Les proportions de femmes infidèles augmentent. 37% des femmes reconnaissent avoir été infidèles au cours de leur vie, alors qu'elles n'étaient que 24% en 2001 et 10% en 1970 d'après l'IFOP. L'infidélité reste toutefois moins fréquente que chez les hommes (49% des hommes en 2016 et 30% en 1970).

Rappelons que ces études se fondent sur des déclarations impossibles à vérifier ; elles reflètent donc simplement des tendances. Il est donc difficile de connaître la part de femmes qui assument mieux et le reconnaissent, et celle d'une augmentation réelle des femmes infidèles ; ce chiffre reflète probablement les deux tendances, ainsi que des évolutions sociétales et féminines. Aujourd'hui, les formes de couple se diversifient ; si le couple monogame classique reste majoritaire officiellement, de nouvelles visions des rapports de couple émergent, de l'histoire d'un soir qui se répètent (familièrement appelé plan cul régulier) au couple libre, en passant par le polyamour. Les femmes assument davantage leur droit au plaisir et à l'épanouissement sexuel.

D'après l'étude IFOP 2019, 14% ont été infidèles à leur partenaire actuel(-le), contre 4% il y a 2 ans.  En 2011, une étude[1] portant sur 506 hommes d'une âgés de 32 ans en moyennes et sur 412 femmes âgées de 28, estimait que 23,2 des hommes et 19,2% des femmes avaient déjà trompé leur partenaire actuel (la population plus jeune peut potentiellement expliquer le décalage).

Les raisons de l'adultère

L'infidélité féminine n'est pas uniquement un palliatif à une vie affective et/ou sexuelle insatisfaisante, même si cette raison existe bel et bien. Pour 50% des femmes ayant répondu au questionnaire, l'attirance physique ou sexuelle gagne la première place des facteurs déterminants de l'infidélité. Puis viennent le manque d'attentions et de tendresse de la part du/de la partenaire (43%), les sentiments pour l'amant(e) (41%), l'envie de retrouver la magie des premiers temps (32%), de profiter de l'opportunité qui se présentait (32%) ou encore le besoin de prouver que l'on peut encore plaire (31%)...

Qui sont les Françaises infidèles ?

L'infidélité est plus fréquente chez les femmes qui parviennent à se libérer des normes dominantes, religieuses, sociétales, familiales ; elle est plus courante chez celles qui sont le plus indépendantes financièrement. "La Française infidèle est avant tout une femme dotée d’un certain capital esthétique, social et culturel, évoluant plutôt en milieu urbain et pour laquelle les aventures extra-conjugales constituent un substitut à une vie de couple défaillante sur le plan sentimental et/ou sexuel", analyse aussi François Krauss, directeur du pôle Genre, sexualités et santé sexuelle à l'IFOP. M  ais pas seulement !

Le prix de la liberté ?

Couple libre dans les années 60, Jean-Paul Sartre et Simone de Beauvoir s'accordaient des "amours contingentes", qui ne remettaient pas en question "l'amour nécessaire" qui unissait leur couple.  C'est aussi ce que Maïna Lecherbonnier expliquait avec liberté, intensité et lucidité dans son Eloge de l'adultère, publié aux Editions Blanches en 2007. 

Mais l'infidélité féminine a un prix, celui d'un jugement plus sévère que son pendant masculin.... 77% des sondées estiment que leur entourage est plus choqué quand c'est une femme qui trompe, que lorsque c'est l'homme trompe (23%). Une perception certes, mais qui est probablement révélatrice de la perception sociétale de l'infidélité féminine...

Ce que confirme François Kraus : "Péché condamné par la plupart des religions, encore passible de lapidation dans plusieurs pays, l’infidélité féminine a toujours suscité un sentiment d’opprobre social plus fort que l’infidélité masculine." Encore en 2019, la sexualité et le plaisir féminins ne se justifient totalement que pour des raisons procréatrices et conjugales.

L'infidélité féminine se révèle ainsi un marqueur de l'indépendance sexuelle des femmes et un témoin de l'accès à une sexualité plus hédoniste, axée sur le plaisir et l'assouvissement de désirs sexuels plus assumés.

*Étude Ifop pour Gleeden réalisée par questionnaire auto-administré en ligne du 11 au 15 avril 2019 auprès d’un échantillon de 5 026 femmes, représentatif de la population féminine âgée de 18 ans.


[1] Infidelity in heterosexual couples: demographic, interpersonal, and personality-related predictors of extradyadic sex. Mark KP. Arch Sex Behav. 2011 Oct;40(5):971-82. doi: 10.1007/s10508-011-9771-z. Epub 2011 Jun 11.

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