Y a-t-il trop de césariennes en France ?

Vous attendez des jumeaux, votre bébé est trop gros ou se présente par le siège... vous avez toutes les chances d'accoucher par césarienne. Et pourtant, cela n'est pas forcément justifié... Des chercheurs de l'Inserm ont mené une étude sur les césariennes dites "programmées". Et selon eux, près d'un tiers de ces actes seraient évitables. 

Par Oriane Dioux

Rédigé le August 26, 2014 , mis à jour le October 22, 2014

En France, une femme sur cinq donne naissance par césarienne. Or, dans 28% des cas, cette intervention pourrait être évitée, selon l'étude d'une doctorante de l'Inserm publiée le 23 juillet 2014 dans la revue en ligne Acta Obstetricia et Gynecologica Scandinavica.

Pour leur étude sur la fréquence de césariennes programmées en France, Bénédicte Coulm, chercheuse à l'Institut national de la santé et de la recherche médicale (Inserm), et son équipe, ont étudié les données fournies en 2010 pour un échantillon de 14.681 femmes ayant accouché dans 535 maternités. Chaque césarienne a ensuite été répartie en deux groupes selon qu'elles pouvaient être évitées ou non.

Au total, le taux de césariennes programmées s'élevait à 10,9% des naissances. Selon l'étude, 28% de ces interventions étaient "potentiellement évitables". Les bébés se présentant par le siège et les femmes ayant déjà accouché par césarienne étaient les deux principales raisons menant à l'acte chirurgical. Or, comme l'indique la Haute Autorité de Santé (HAS), ces deux motivations ne justifient pas à elles seules une intervention.

Les femmes de plus de 35 ans sont également concernées en raison de leur risque plus élevé à développer un diabète gestationnel ou une hypertension au cours de la grossesse, de même que les femmes qui ont été particulièrement suivies durant leur grossesse. La fréquence des césariennes évitables était plus élevée pour les maternités privées et les petites maternités.

La césarienne : un acte qui n'est pas anodin

Or, cet acte est loin d'être anodin. La césarienne est associée à une augmentation de risque pour la santé de la mère. Selon les données fournies par l'Institut de Veille Sanitaire (InVS), le risque de mort maternelle est multiplié par 3,5 par rapport à l'accouchement par les voies naturelles. Il est lié au risque de complication de l'anesthésie, d'infection et de thromboembolie.

En 2009, la Fédération hospitalière de France (FHF) dénonçait déjà dans une étude la tendance à multiplier ces interventions par commodité ou intérêt économique, particulièrement dans les cliniques privées.

Des précautions prises à l'excès ?

Pour expliquer cette fréquence élevée de césariennes dans les maternités privées et les petites maternités, Bénédicte Coulm explique qu'il y a "une augmentation des précautions de la part des médecins. Ils anticipent les situations à risque par peur d'un procès. En effet, dans un hôpital privé, une plainte sera directement adressée au médecin, contrairement aux hôpitaux publics. Aussi, comme dans les petites maternités, il n'y a pas toujours un obstétricien ou un anesthésiste sur place à toute heure de la nuit. Dans ce cas, l'équipe préfère programmer l'accouchement la journée, lorsque toute l'équipe est présente."

Concernant les césariennes réalisées à la demande des femmes, les césariennes dites "de confort", Bénédicte Coulm explique : "sur tous les accouchements étudiés, nous avons recensé seulement trois césariennes de confort. Ce qui est trop peu et ne correspond pas à la réalité. Cela peut s'expliquer par le fait que les médecins ont certainement préféré indiquer un motif dans le dossier de la patiente. D'une façon générale, ce sont souvent des femmes mal informées et peu rassurées qui ont recours à ce type de césarienne. Le discours de personnel médical influence beaucoup leur choix."

Source : Potential avoidability of planned cesarean sections in a French national database. Bénédicte Coulm et al. Juillet 2014. Acta Obstetricia et Gynecologica Scandinavica. doi: 10.1111/aogs.12439

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Ailleurs sur le web :

Il existe plusieurs cas pour lesquels la césarienne peut être programmée en dehors de toute situation d'urgence. Ceux-ci ont été précisés par la Haute Autorité de Santé (HAS) dans ses recommandations à l'adresse des professionnels de santé.

Un bébé qui se présente par le siège, une grossesse gémellaire, un utérus cicatriciel (lorsque la femme a déjà eu une césarienne), une macrosomie (poids estimé du bébé supérieur à 4 kg), un risque de transmission mère-enfant de certains virus, ou des indications plus rares, comme un mauvais positionnement du placenta, sont les situations qui peuvent conduire à programmer une césarienne. Mais elles ne constituent pas à elles seules un motif d'intervention. Pour chacune de ces situations, la HAS a redéfini les indications de césariennes programmées et celles qui doivent orienter vers un accouchement par les voies naturelles.

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