Quinze produits mis en cause dans la ménopause précoce

Alors qu'on connaissait leur impact sur la qualité du sperme et le développement de cancers, les perturbateurs endocriniens seraient aussi responsables de ménopauses précoces .. Une étude américaine met en cause quinze substances chimiques, couramment présentes dans des cosmétiques ou des produits d'entretien.

Par Léa Galanopoulo, avec AFP

Rédigé le January 30, 2015

Les femmes qui présentent des niveaux élevés de substances chimiques contenues dans des plastiques, produits de beauté et d'entretien sont ménopausées deux à quatre ans plus tôt que celles présentant des niveaux plus faibles de ces éléments, selon une étude américaine publiée le 28 janvier 2015. Ces chercheurs ont examiné les niveaux dans le sang et dans l'urine de 111 produits chimiques soupçonnés d'être des perturbateurs endocriniens.

Plusieurs études beaucoup plus limitées avaient déjà mis en lumière la relation entre des perturbateurs endocriniens et la ménopause. Mais cette étude conduite entre 1999 à 2008 sur 1.442 Américaines ménopausées est la première d'une telle ampleur. Aucune de ces femmes ne suivait d'hormonothérapie et n'avait subi une ablation des ovaires.

Quinze produits en ligne de mire

Parmi tous les produits testés, les chercheurs pointent du doigt quinze substances, associées de manière significative à une ménopause précoce et à un déclin de l'activité ovarienne. Parmi elles on trouve neuf polychlorobiphényles (PCB), trois pesticides, deux phtalates : autant de produits utilisés dans les plastiques, détergents, produits pharmaceutiques, lotions, parfums, maquillage, vernis à ongles, savons liquide ou encore laques à cheveux. Pour quatorze d'entres eux, l'âge des dernières règles est proportionnel à la dose d'exposition : plus les femmes avaient été en contact avec le produit et plus elles était ménopausées tôt.

Ces résultats suggèrent d'ailleurs que ces produits ont une influence plus grande sur la ménopause précoce que le tabac ! Alors que le tabagisme avance la ménopause de 0,8 à 1,4 ans, les perturbateurs endocriniens eux l'avancent de 1,8 à 3,8 ans. Un déclin de l'activité de l'ovaire, causé par la ménopause, peut non seulement affecter la fertilité, mais aussi conduire au développement précoce de maladies cardiovasculaires ou d'ostéoporose, soulignent les chercheurs.

Des polluants présents partout

"Nos résultats suggèrent que la société devrait s'en inquiéter", met en garde le Dr Amber Cooper, professeur adjointe de gynécologie à la faculté de médecine de l'Université Washington à St Louis (Missouri), principal co-auteur. Pourtant, elle rappelle qu'"il est souvent difficile d'éviter d'être exposé à ces produits chimiques car ils sont dans le sol, l'eau et l'air".

Si la plupart de ces produits sont interdits aux Etats-Unis et en France, ils sont encore utilisés ailleurs et ont toujours des effets néfastes sur l'environnement. Il est donc recommandé de préférer les récipients en verre ou en papier pour réchauffer des plats au micro-ondes plutôt qu'en plastique et de s'informer sur la composition des produits cosmétiques et ménagers.

Des résultats à confirmer

Si l'influence des perturbateurs endocriniens a clairement été démontrée sur la qualité du sperme, l'apparition de cancers ou la puberté précoce des jeunes filles, son action sur l'âge de la ménopause reste à confirmer par d'autres études. "Comprendre comment l'environnement affecte la santé est une chose complexe. Cette étude ne prouve pas de causalité, mais alerte, dans l'espoir de futures recherches", explique l'étude. "Notre étude a plusieurs limites", ajoute les chercheurs. Par exemple, la date des dernières règles, qui a permis de déterminer l'âge de la ménopause, est exclusivement basée sur les déclarations des femmes.

D'autre part, plusieurs années se sont écoulées entre le déclenchement de la ménopause (en moyenne entre 45 et 55 ans), et celui où le taux de perturbateurs dans l'organisme des femmes a été dosé. En moyenne lors de la réalisation des tests sanguins et urinaires, les femmes avaient 61 ans... Comment savoir alors si la dose de produits présente dans leur corps était la même que 10 à 15 ans plus tôt ? "La plupart de produits choisis ont une longue durée de vie dans l'organisme, de l'ordre de 10 ans ou plus", répondent-ils.

"La santé des générations futures est en danger, et sans davantage de recherche dans ce domaine, ceux qui naissent aujourd'hui pourraient être affectés dans les décennies à venir", conclut l'étude. 

Source : Persistent Organic Pollutants and Early Menopause in U.S. Women. A. Cooper et al. PLOSONE, janvier 2015. DOI: 10.1371/journal.pone.0116057

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