Hospitalisation : comment expliquer les écarts de facture ?

Contrairement à ce que l'on croit souvent, l'hôpital n'est pas gratuit, même quand il s'agit d'un établissement public. Plus étonnant encore, les tarifs des hospitalisations varient énormément en fonction des régions. Comment expliquer ces écarts ? Sont-ils liés à la qualité des soins ? Quelles sont les répercussions pour les patients ? Les réponses avec Maroussia Renard, notre chroniqueuse économique.

Par Maroussia Renard

Rédigé le March 15, 2013 , mis à jour le May 22, 2014

On choisit rarement l'endroit où l'on va être hospitalisé et pourtant d'une ville à l'autre, la facture peut être multipliée par six. En janvier 2013, le magazine L'Expansion a passé au crible les tarifs de près de 400 hôpitaux, avec des résultats pour le moins étonnants. Par exemple, une journée à l'hôpital de Tréguier, en Bretagne, coûte 66 euros alors qu'à Lunéville, près de Nancy, la journée d'hospitalisation coûte 446 euros, soit 380 euros d'écart.

Au sein d'une même région, les différences sont aussi remarquables. En Bourgogne, le CHU de Dijon facture 212 euros la journée alors que le petit hôpital de Tonnerre demande 315 euros. Ces tarifs sont ceux des services de médecine (cardiologie, endocrinologie, pneumologie...). En chirurgie ou en réanimation, les coûts sont beaucoup plus élevés.

Des écarts liés à la qualité des soins ?

Les écarts de tarifs ne sont pas liés à la qualité des soins. Ce n'est pas parce que le tarif est plus cher que le patient est mieux soigné. Certains hôpitaux de petites villes qui ne figurent pas dans les palmarès des meilleurs hôpitaux affichent des tarifs beaucoup plus élevés que des établissements de référence.

La Fédération hospitalière de France (FHF) explique que de tels écarts sont liés au mode de fixation des tarifs des hôpitaux publics. Si le coût des actes reste le même partout en France, le tarif de la journée d'hospitalisation, lui, est différent. Les directeurs d'hôpitaux déterminent eux-mêmes le montant.

Normalement, le prix de journée est calculé en fonction du nombre de patients, de médecins... et il doit être validé par l'Agence régionale de santé (ARS). Mais depuis quelques années, il y a une forme de dérive. La majorité des hôpitaux sont dans le rouge et ils sont mis sous pression pour réduire leur déficit, du coup ils ont tendance à augmenter les frais de séjour pour aider à rééquilibrer leurs comptes. Et manifestement les ARS ferment un peu les yeux car le retour des hôpitaux à l'équilibre est une priorité. Résultat : certains n'ont pas hésité à faire flamber la facture. Le record revient au petit centre hospitalier de Cosne-Cours-sur-Loire dans la Nièvre (92 lits), qui a augmenté son prix de journée de 112% en deux ans.

Quelles sont les répercussions pour les patients ?

Heureusement, la plupart du temps, c'est indolore pour le patient. En cas d'hospitalisation, beaucoup de malades sont pris en charge à 100% par l'Assurance maladie : tous ceux qui sont en ALD (cancer, diabète…), les femmes enceintes, les personnes qui ont eu un accident de travail et de manière générale, dès que l'on doit pratiquer un acte à plus de 120 euros (cela n'est pas fréquent dans les services de médecine). Les patients doivent uniquement payer une participation forfaitaire aux soins à 18 euros et le forfait journalier de 18 euros.

Pour tous les autres patients, la Sécu prend en charge les frais d'hospitalisation à hauteur de 80%. Il doivent donc payer les 20% restants, ce qu'on appelle le "ticket modérateur" et le forfait journalier à 18 euros. Mais généralement ces frais sont remboursés par la mutuelle, cela est compris dans tous les contrats, même les plus basiques. Encore faut-il avoir une mutuelle…

Quid des patients qui n'ont pas de complémentaire santé ?

Près de 4 millions de Français n'ont pas de complémentaire santé et quand ils ne rentrent pas dans les cases du 100%, ils doivent payer le ticket modérateur et le forfait journalier entièrement de leur poche. Quand l'hospitalisation dure plusieurs jours voire plusieurs semaines en rééducation ou psychiatrie par exemple, la note peut dépasser les 1.000 euros. Des directeurs d'hôpitaux expliquent que, même si c'est rare, certains patients sont obligés de s'endetter pour régler la facture.

Les patients couverts par une mutuelle n'ont généralement pas ce genre de problème. Mais au final, ces hausses de tarifs les touchent malgré tout car les dépenses d'hospitalisations coûtent de plus en plus cher aux mutuelles, elles ont augmenté de 40% en deux ans. Du coup, les mutuelles répercutent cette hausse sur les assurés en augmentant le montant des cotisations (+5% en 2012).

Des prestations "gratuites" qui deviennent payantes

Au-delà du coût des soins, les hôpitaux ont aussi tendance à facturer des frais annexes pour faire entrer de l'argent dans les caisses. Aujourd'hui, de plus en plus d'hôpitaux font payer aux patients des prestations jusqu'alors gratuites. L'exemple le plus emblématique, étant celui des chambres particulières. Avant, seules les cliniques facturaient les chambres particulières mais depuis 2-3 ans, les établissements publics s'y sont mis. Et même si les tarifs sont bien inférieurs à ceux du privé (en moyenne 43 euros contre 67 euros dans les cliniques), ces prestations peuvent finir par coûter cher car elles ne sont pas toujours prises en charge par les mutuelles.

Certains hôpitaux n'hésitent pas à facturer les appels reçus par les patients dans leur chambre, le parking ou encore, beaucoup plus fréquent, la télévision (en moyenne 4,20 euros par jour).

VOIR AUSSI :

 

Sponsorisé par Ligatus