Droit à l'avortement : un long combat

Le 17 janvier 1975 a été promulguée la loi Veil légalisant l'interruption volontaire de grossesse. Le droit à l'avortement fête donc en 2015 ses 40 ans. Retour sur l'histoire de l'avortement qui a agité la France depuis les années 40 jusqu'au discours historique de Simone Veil à l'Assemblée nationale.

Par La rédaction d'Allodocteurs.fr

Rédigé le January 14, 2015 , mis à jour le January 15, 2015

Marie-Louise Giraud fait partie de l'histoire du féminisme. "Marie-Louise Giraud est une vraie héroïne de notre siècle puisque c'est une femme qui a aidé à avorter (sa voisine pour commencer) par solidarité féminine", explique Sandra Anthune, pharmacien. Pour l'avortement de sa voisine, en juillet 1943, Marie-Louise Giraud est guillotinée. Sous le régime de Vichy, il n'est pas question de laisser place à une pratique qui s'oppose aux valeurs de la famille prônées par le gouvernement.

Malgré cette condamnation, les avortements clandestins continuent jusque dans les années 70. Ils sont réalisés par des faiseuses d'anges avec les moyens du bord comme le confirme Sandra Anthune : "On pouvait injecter des solutions savonneuses, des solutions de javel… On a utilisé des baleines de parapluie, des aiguilles à tricoter… Tout ce qui pouvait perforer la membrane pouvait être utilisé d'où de nombreuses infections, de nombreux accidents qui ont pu survenir suite à ces avortements clandestins".

La femme reste prisonnière de sa maternité. Mais bientôt un premier verrou saute. En 1967, la pilule est autorisée, une avancée historique qui annonce déjà un autre combat : "À partir de 1970, il y a l'apparition du mouvement féministe, du MLF (mouvement de libération des femmes), de la mobilisation des femmes qui vont imposer le débat de l'avortement à des hommes politiques, à une société qui ne voulait pas en entendre parler", note Jean-Yves Le Naour, historien.

En 1971, pour créer un électrochoc, des militantes, des intellectuelles mais aussi des célébrités publient le manifeste de 343 salopes dans le Nouvel Observateur, sous le titre "Je me suis fait avorter". Le MLAC (mouvement pour la liberté de l'avortement et de la contraception) voit aussi le jour à cette époque. Enfin, des médecins rejoignent le mouvement et signent le manifeste des 331 médecins avorteurs.

Et parmi les jeunes filles qui se font avorter clandestinement, il y a Marie-Claire, 16 ans. L'avortement de Marie-Claire a été dénoncé aux autorités par son propre violeur. Le procès est retentissant, la France est divisée. Marie-Claire est acquittée et Gisèle Halimi, son avocate, a réussi son coup en faisant un réquisitoire pour l'avortement au nom des 300 femmes qui meurent chaque année. Résultat : deux ans plus tard, une femme va porter ce combat devant l'Assemblée nationale.

Le 26 novembre 1974, Simone Veil a rendez-vous avec l'Histoire. Ce jour-là, Simone Veil vient de convaincre son auditoire. La loi qui autorise l'avortement est votée par 284 voix pour et 189 contre. Désormais une femme peut choisir seule de mettre fin à sa grossesse dans un délai de dix semaines et dans des endroits médicalisés.

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