Cancer : le dépistage sanguin, un projet ambitieux

Développer d'ici cinq ans une méthode permettant de dépister treize types de cancers à l'aide d'un simple test sanguin, c'est l'ambitieux projet du Centre national du cancer au Japon. Un tel test permettrait un dépistage précoce en vérifiant la présence de petits fragments d'ARN dans le sang, indicateurs potentiels de la présence d'une tumeur. Mais ce projet n'est-il pas, à l'heure actuelle, un peu trop ambitieux ?

Par Oriane Dioux

Rédigé le August 21, 2014

Au Japon, le Centre national du cancer espère développer d'ici à cinq ans une méthode permettant de diagnostiquer à un stade précoce 13 types de cancer par un simple test sanguin, comme l'a rapporté l'AFP le 19 août 2014.

7,9 milliards de yens, soit 57 millions d'euros, devraient être mis sur la table pour cet ambitieux projet qui prévoit notamment de contribuer au dépistage des cancers du sein, de l'estomac, de l'œsophage, du poumon, du foie, de la vésicule biliaire, du pancréas, du côlon, de l'ovaire, de la prostate et de la vessie.

"Si nous parvenons à développer le premier test mondial de haute précision au Japon, cela pourra rallonger de plusieurs années la durée de vie des gens" a assuré le président du centre, Tomomitsu Hotta, cité par l'agence Kyodo.

Cette détection par un simple test sanguin serait rendue possible grâce à la détection de micro-ARN.

Que sont les micro-ARN ?

Les micro-ARN sont synthétisés par toutes les cellules, qu'elles soient tumorales ou non. Ce sont de petits fragments d'ARN, produits de la transcription des gènes (l'ADN). Ils sont un peu les agents de police des gènes car ils participent à la régulation de leur expression. Ils jouent donc un rôle crucial dans le bon fonctionnement des cellules. Certains micro-ARN sont aussi des messagers, qui transmettent une information d'une cellule à sa voisine.

Toutes les cellules ne sécrètent pas les mêmes combinaisons de micro-ARN. Ces combinaisons diffèrent suivant qu'il s'agit d'un neurone ou d'une cellule de l'ovaire, par exemple. Par conséquent, la proportion de ces micro-ARN est représentative de la cellule qui les a libérés. En d'autres termes, les combinaisons de micro-ARN secrétés reflètent la spécialisation et l'état physiologique des cellules productrices. Au total, environ 2.000 micro-ARN différents ont été identifiés chez l'homme.

Autre particularité de ces petits ARN : ils sont très stables ! Ils résistent à la machinerie de dégradation des cellules. On peut donc les retrouver dans le sang, longtemps après qu'ils aient été libérés, et dans des quantités importantes.

Une aide au dépistage du cancer ?

Lorsqu'une cellule est cancéreuse, son fonctionnement est bouleversé de fond en comble. Elle peut donc libérer des micro-ARN différents de ceux qu'elle sécrète habituellement. C'est ainsi que ces micro-ARN peuvent être les témoins de la présence d'une tumeur, ce que l'on appelle des biomarqueurs de tumeurs.

Plusieurs équipes de recherche se sont donc lancées sur la piste de ces biomarqueurs pour le dépistage du cancer par des tests sanguins. Mais la tâche semble plus difficile que l'on pourrait penser à la simple lecture d'un communiqué du Centre national du cancer au Japon.

"Il existe de grosses difficultés, car dans le sang on trouve beaucoup de micro-ARN sécrétés par des cellules saines. Et certains, sécrétés par une cellule tumorale, le sont aussi par une cellule saine. Il est donc compliqué d'identifier des micro-ARN spécifiques des cellules tumorales. Il y en a qui sont plus abondamment libérés par certaines cellules cancéreuses, mais ce n'est pas la majorité" explique Dr Pierre Busson, directeur de recherche au CNRS sur le campus de l'Institut Gustave Roussy (Villejuif) dont l'équipe de recherche travaille sur les micro-ARN circulants.

"La route est encore longue"

"De plus, lorsqu'une tumeur est petite, il n'est pas du tout sûr que l'on retrouve une quantité suffisante de ces micro-ARN pour pouvoir dire qu'ils témoignent de la présence d'une tumeur. Les tests risquent de ne pas être suffisamment sensibles" poursuit le chercheur. 

Selon lui, l'étude des micro-ARN circulants aura sans doute des applications plus rapides en médecine de précision pour des tumeurs déjà diagnostiquées à l'aide des méthodes habituelles, par exemple pour guider le choix d'un traitement ou pour évaluer précocement son efficacité. "L'essor sera sans doute plus rapide pour cet aspect de la recherche. Mais pour le dépistage, la route est encore longue." 

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