La masse grasse, ennemie des coureurs du Tour de France

Les jambes décharnées d’un cycliste ont été largement partagées sur les réseaux sociaux mardi. Un symbole de la lutte que livrent les coureurs pour réduire leur indice de masse grasse et faire grimper leurs performances.

Instagram Pawel Poljanski

Par Arthur Laffargue

Rédigé le 20 juillet 2017 , mis à jour le 20 juillet 2017

La souffrance des coureurs du Tour de France se lit sur leur visage grimaçant, leur posture recourbée sur leur vélo, et les litres de sueur qu’ils déversent. Mais aussi sur leur corps qui se transforme, comme celui de Pawel Pojlanski. Le Polonais de l’équipe Bora-Hansgrohe a affolé les réseaux sociaux en postant une photo de ses jambes sur son compte Instagram. On y voit les veines proéminentes, dessinant un inquiétant tracé sur des membres inférieurs secs à l’extrême.


Capture d'écran du compte Instagram de Pawel Poljanski

Le rapport poids-puissance, élément fondamental de la performance

Le combat contre la graisse est cependant logique pour un cycliste professionnel, qui plus est lorsqu’il doit monter des cols comme ceux présents sur la route du Tour. Le rapport poids-puissance est en effet fondamental. Il faut peser le moins possible pour pédaler le mieux possible en montagne, tout en conservant suffisamment de puissance pour faire avancer sa machine.

"Ils n’hésitent plus maintenant à perdre de la masse musculaire, explique le Dr Stéphane Cascua, médecin du sport qui travaille au centre de formation du PSG. Ils diminuent leur puissance, mais ils perdent finalement tellement de poids qu’ils grimpent mieux." Le chiffre en tête des médecins d’équipes cyclistes est donc l’IMG, l’indice de masse grasse, qui permet de calculer la proportion de graisse dans le corps.

Selon le Dr Cascua, l’IMG moyen d’un cycliste professionnel se trouve autour de 7%. Un peu moins qu’un footballeur, autour de 10-12%, mais plus qu’un coureur de fond qui porte son poids à chaque foulée. "Habituellement, la masse grasse masculine se situe à 15%", précise-t-il.

On peut soupçonner Pawel Pojlanski d’être dans la fourchette basse de sa profession concernant l’IMG. Mais il ne risque en réalité pas grand-chose à réduire autant sa proportion de graisse dans le corps. "En perdant trop de graisse, on perd de l’énergie, explique le Dr Cascua. Mais ces coureurs continuent malgré tout à pouvoir pédaler longtemps. Ils sont tout de même très en forme, je ne crois pas qu’ils en soient à l’épuisement de la disponibilité en graisse."

Les veines apparentes, un phénomène normal

Sous 5% d’IMG, un surmenage lié à une activité sportive peut toutefois attaquer la "graisse structurale", qui protège les organes. Mais il est "très difficile de descendre en-dessous de ce seuil", tempère le Dr Cascua. Surtout que les coureurs sont suivis de près, pour ne pas prendre de poids mais aussi pour ne pas trop en perdre. Une éventuelle carence due à une alimentation trop faible, toujours pour améliorer le rapport poids-puissance, est compensée par la prise de compléments alimentaires.

L’effrayant tableau des veines de Pawel Pojlanski n’est en réalité qu’un témoignage, certes spectaculaire, d’un phénomène normal. Les cyclistes, en raison du manque d’oxygène en haut des cols et de l’effort qu’ils fournissent, accélèrent leur circulation sanguine et possèdent un "retour veineux" (remontée du sang du bas du corps vers la partie supérieure) important. De quoi faire gonfler les veines. Et surtout, ils brûlent avec l’effort leur graisse sous-cutanée, ce qui laisse mécaniquement apparaître les vaisseaux sanguins les plus épais. Naturelle chez les cyclistes, cette singularité est recherchée par les bodybuilders, pour qui la vision de la veine en surface est plus un symbole de force qu’un besoin. Le rapport poids-puissance est avant tout sacralisé  chez les forçats de la montagne.

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